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Les huit grands moments de la rivalité Maroc-Algérie en 2016

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Les huit grands moments de la rivalité Maroc-Algérie en 2016
janvier 06
14:17 2017
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Le Maroc et l'Algérie se livrent depuis des décennies une bataille sans merci pour étendre leur influence, avec en toile de fond la question du Sahara. Telquel.ma revient sur huit dossiers qui ont alimenté la rivalité entre les deux voisins en 2016.

La guéguerre entre le Maroc et l'Algérie semble s'être accentuée en 2016 depuis la demande de retour du Maroc à l'Union africaine (UA) et ses offensives diplomatiques en Afrique subsaharienne. Autant d'initiatives que l'Algérie espère contrarier.

1- La démarche du Maroc à l'UA  "retour" VS "adhésion" 

Adversaires de longue date sur le terrain diplomatique, le Maroc et l'Algérie se sont aussi livrés à une bataille sémantique. Le 17 juillet, le Maroc a officiellement demandé  "son retour" au sein de la famille institutionnelle qu'est l'Union africaine (UA). Dans sa lettre au président en exercice de l’Union africaine, Mohammed VI avait écrit: "cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé".

Trois jours après l'annonce, réagissant au souhait du Maroc de rejoindre l'organisation panafricaine, Abdelkader Messahel, ministre algérien des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe, s’est contenté de rappeler que la démarche de Rabat devait être considérée comme "une adhésion" et non un "retour" à l'UA. Il a expliqué que le Maroc s’était retiré de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1984, et que cette dernière a été dissoute en 2002 et remplacée par l’Union africaine (UA).

2- L'offensive algérienne dans les pays du Golfe

On le sait, les pays du Golfe et le Maroc sont des alliés traditionnels du Maroc. En avril 2016, le roi Mohammed s'est rendu  à Ryad, où se tenait le sommet Maroc-Golfe. Il en a profité pour effectuer un tournée dans la région. On rappelle que depuis 2014, le Maroc apporte son soutien aux Emirats arabes unis dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

                Lire aussi : Les enjeux de la visite de Mohammed VI dans les pays du Golfe

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En novembre 2016, l’Algérie a lancé sa propre offensive diplomatique vers les pays du Golfe. Le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, s’est rendu en Arabie saoudite les 15 et 16 novembre accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires algériens.

Cette visite, qu’il a qualifiée de "succès", s’est conclue par la signature d’un mémorandum d’entente commerciale, et a permis au président du Forum des chefs d’entreprises algérien, Ali Haddad, d’emprunter un discours entendu ailleurs: "L’Algérie est la porte de l’Afrique. Nous pouvons par conséquent élaborer des investissements communs en Afrique".

Après le Premier ministre algérien, son chef de la diplomatie Ramtane Lamamra s’est rendu à Oman, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar. Dans ces pays, l’Agence de presse officielle algérienne, APS, a annoncé des partenariats "dans divers domaines", ainsi que la volonté d'Alger de coopérer au niveau sécuritaire et en matière de lutte contre le terrorisme dans la région. Un autre domaine déjà investi par le Maroc.

3- Un forum à Alger pour réunir les hommes d'affaires africains

Le 2 décembre 2016, le roi Mohammed VI achevait sa tournée africaine en effectuant une visite au Nigéria. Parallèlement à la visite royale dans ce pays, un forum d’affaires maroco-nigérian s’était ouvert à Lagos en présence des représentants des patronats marocain et nigérian, ainsi que de grands groupes et de responsables des deux pays.

A des milliers de kilomètres de là, Alger organisait le tout premier forum d’investissements et d’affaires où plus d’un millier d’hommes d’affaires, des ministres, des banques et des entreprises de tout le continent étaient attendus. Le Forum d'Alger affichait l'ambition de dynamiser la coopération économique au sein du continent.

Si le roi a conclu des dizaines d'accords dans les pays où il est passé, l'organisation du Forum algérien n'a, en revanche, pas été une franche réussite. Le site d'informations algérien TSA- Algérie titrait d'ailleurs "Forum africain d’investissements et d’affaires d’Alger : chronique d’un incroyable scénario", au lendemain du fiasco.

4- COP22 : quand le représentant algérien oublie d'applaudir

En marge de la COP22 qui s'est tenue du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech, le roi a organisé un sommet africain où on pouvait compter une trentaine de chefs d'Etat africains. "Avant que le Maroc n'aille à l'UA, l'UA est venue à lui", résumait d'ailleurs un diplomate à propos de ce sommet.

L'Algérie était représentée à cette rencontre de haut niveau par Abdelkader Bensalah, président du Sénat. L'attitude de ce dernier a attiré l'attention: contrairement à tous les autres représentants africains, il n'a pas daigné applaudir après l'intervention du roi Mohammed VI.

5- Gazoduc Nigeria-Maroc VS gazoduc Nigeria-Algérie

La visite royale au Nigeria, l'un des plus grands producteurs de gaz au monde, s'est soldée le 3 décembre par la conclusion d'un partenariat entre les deux pays pour le financement d’un projet de gazoduc. Ce dernier acheminerait du gaz nigérian le long de toute la côte de l’Afrique de l’ouest, jusqu’au Maroc.

Le 13 décembre, alors que Mohammed VI était de retour au Maroc où il a présidé une première réunion de travail au Palais royal de Casablanca sur la "faisabilité technique et le financement du projet" de gazoduc Nigéria-Maroc, Alger accueillait le vice-président du Nigeria, Yemi Osinbajo.

À l’issue d'une visite au cours de laquelle il a notamment rencontré le président Abdelaziz Bouteflika, son Premier ministre Abdelmalek Sellal, ainsi que le chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra, le vice-président nigérian a rappelé dans une déclaration rapportée par l’agence officielle algérienne APS les projets communs entre les deux pays, "en l’occurrence la route transsaharienne Alger-Lagos, le gazoduc transsaharien, reliant le Nigeria à l’Europe via l’Algérie, et la liaison par fibre optique Alger-Abuja".

L'Algérie avait en effet négocié son projet de gazoduc avec le gouvernement nigérian depuis 2002, mais ce projet est resté en suspens pour des raisons de financement et de sécurité. Il aura donc suffi que le Maroc annonce à son tour un projet similaire pour qu'Alger se décide à relancer le dossier.

6- Commission de l'UA : Rabat et Alger s'affrontent indirectement

Fin janvier 2017, les chefs d’États africains se réuniront pour le 28e sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba afin d'élire l’homme ou la femme qui succédera à la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine.

Cette élection, initialement prévue lors du dernier sommet de l'UA en juillet dernier à Kigali, a été finalement reportée. En cause, les trois candidats enregistrés "manquaient d’envergure". Entre-temps, trois nouveaux candidats sont entrés en lice. Il s'agit du Sénégalais Abdoulaye Bathily, de la Kenyane Amina Mohamed, et du Tchadien Moussa Faki Mahamat. A priori, le candidat sénégalais a les faveurs du Royaume, puisqu'il "est un proche du président Macky Sall, dont on connaît la proximité avec le Maroc" explique Brahim Fassi-Fihri, président de l'institut Amadeus. Côté algérien cette candidature est perçue comme "un montage et un cheval de Troie du Maroc" rapporte Le Monde.

Toujours selon le quotidien français, le Tchadien Moussa Faki Mahama, un des proches du président Idriss Deby, a été présenté à la dernière minute "sur pression d’une puissance africaine redoutée dans le Sahel: l’Algérie".

7- Duel entre Alpha Condé et Mahamadou Issoufou pour la présidence de l'UA

Le prochain sommet de l’UA à la fin de ce mois aura aussi pour enjeu le renouvellement de la présidence en exercice de l’organisation panafricaine. La succession d'Idriss Deby, président sortant, revient à l’Afrique de l’ouest qui devra assurer la présidence tournante pour les douze mois à venir comme le prévoit l'UA. Deux candidats s’opposent: Alpha Condé, le président de la Guinée-Conakry, proche du Maroc, et Mahamadou Issoufou président du Niger, soutenu par Alger.

L’Algérie reproche au président guinéen son "alignement total"  sur les positions de Rabat à propos de la RASD, dépeignant son homologue nigérien comme "plus modéré à ses yeux",  selon Jeune Afrique.

La Guinée figure en effet parmi les 28 pays qui ont signé la motion pour "réclamer la suspension des activités de la RASD" à l’Union africaine. Le roi Mohammed VI s’était même rendu dans le pays en mars 2014. Un voyage au cours duquel il a décoré Alpha Condé du Wissam-Al Mohamadi, la plus haute distinction au Maroc. En parallèle, 21 accords de coopération bilatérale ont été signés.  En revanche le Niger, non-signataire de la motion, s'est gardé d'adopter une position tranchée sur la question à cause de son voisin algérien avec qui il partage sa frontière nord.

Toujours selon Jeune Afrique, le président nigérien aurait cependant assuré à son homologue guinéen qu’il ne se présenterait pas face à lui à la tête de l'UA. C'était fin novembre, en marge du sommet arabo-africain de Malabo. Jeune Afrique précise toutefois qu'Alpha Condé, "soucieux de rassurer les Algériens", devrait se rendre à Alger dans les semaines à venir.

Lire aussi : Présidence de l’UA: Alpha Condé, un atout pour le Maroc?

8- Migrants : l'Algérie expulse, le Maroc régularise

Si jusqu'à présent l'Algérie a surtout contre-attaqué pour faire barrage aux projets du Maroc, on l'a vue prendre les devants sur le dossier des migrants. Si la rumeur d'une nouvelle vague de régularisation était dans l'air depuis plusieurs semaines, elle a été confirmée par décision royale le 12 décembre alors que l’Algérie voisine menait une vague d’arrestations visant des migrants subsahariens sur son sol. Plus de 260 Maliens expulsés d’Algérie lors de cette vaste opération ont accusé les forces de sécurité algériennes de violences, selon l’AFP.

               Lire aussi : La nouvelle campagne de régularisation des migrants officiellement lancée

Mieux, le Maroc s'est montré généreux envers ces migrants expulsés d'Algérie. Le 15 décembre, le roi Mohammed VI a ainsi donné des instructions afin qu’ "une aide d’urgence" de la fondation Mohammed V pour la solidarité, de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), et du ministère de l’Intérieur "soit accordée à ces personnes expulsées et se trouvant en situation de précarité extrême dans un centre au Nord du Niger". Cette action a consisté en la distribution d’un kit humanitaire composé de produits alimentaires, de couvertures ainsi que de tentes, pour un volume total de 116 tonnes.

Dans quelques semaines, un nouvel épisode de la rivalité maroco-algérienne se jouera à Addis Abeba où se tient le 28e sommet de l'UA. Une rencontre qui devrait entériner la réintégration du Maroc au sein de l'organisation panafricaine.

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