Lors des échanges et discussions autour de l’équipe nationale, il y a toujours un moment où quelqu’un aborde un sujet qui entraîne d’interminables polémiques : pourquoi on réussit au football et on échoue ailleurs ? Pourquoi on est parmi les dix meilleures équipes au monde dans ce sport alors qu’on est dans le dernier tiers des classements dans les domaines de l’éducation et de la santé ? Est-ce que c’est une question de moyens ou de volonté ? Évidemment, ces questions sont absurdes. Il n’existe aucune corrélation entre l’excellence d’un pays dans un sport et le niveau de son système éducatif ou sa puissance économique, sinon la Finlande, la Chine ou le Qatar devraient être multiples champions du monde. Pourtant, la question contient une part de logique, du moins en ce qui concerne notre pays.
Au Maroc, le football n’est pas un sport ordinaire, avec une sélection nationale et des équipes locales qui jouent pour distraire les spectateurs, représenter dignement leur patrie et remporter éventuellement des trophées et des championnats. Le football, dans le royaume, est une politique publique à part, réfléchie, structurée et dotée de moyens conséquents pour réaliser des objectifs fixés d’avance et qui évoluent progressivement. Cette politique publique fonctionne pour différentes raisons.
D’abord, une volonté royale de hisser le football marocain à des standards internationaux, en termes de formation et d’infrastructures. Ensuite, la mobilisation d’importantes ressources financières et humaines pour réaliser cette feuille de route, comme en témoigne la qualité des structures sportives mises en place pour le football national. Enfin, une continuité dans la gestion de ce sport incarnée par Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, avec la réussite que l’on connaît (notamment une demi-finale au Mondial 2022 et une 5e place mondiale FIFA aujourd’hui).
Pour le football, en tant que politique publique, nous avons des ingrédients rationnels et logiques pour réussir : volonté royale et nationale, planification, objectifs sur le long terme, moyens conséquents et un “chef de projet” efficace.
“Si la recette a fonctionné pour le football, c’est parce que tous les ingrédients nécessaires ont été réunis, alors que pour les autres secteurs, il manque régulièrement une ou deux composantes déterminantes”
Pour les autres politiques publiques (enseignement, santé…), les choses sont infiniment plus complexes. Les chantiers sont colossaux et la gestion du changement est beaucoup plus difficile. La recette a fonctionné pour le football parce que tous les ingrédients nécessaires ont été réunis. Pour les autres secteurs, il manque régulièrement une ou deux composantes déterminantes.
L’enseignement par exemple : la volonté existe, les moyens mobilisés sont importants, mais il manque une continuité et une cohérence dans les politiques menées, ainsi qu’une personnalité forte capable de conduire le changement jusqu’au bout. Il en va de même pour la santé, qui souffre en outre de divergences d’intérêts et de la puissance des lobbys en place. Si on peut faire des champions du monde, on peut faire des citoyens instruits et en bonne santé, question d’ingrédients et d’alignement des composantes nécessaires pour une bonne politique publique.
