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Des migrants Maliens expulsés d’Algérie dénoncent des violences policières

Crédit : FAROUK BATICHE/AFP
Des migrants Maliens expulsés d’Algérie dénoncent des violences policières
décembre 13
10:51 2016
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De retour à Bamako après avoir été expulsés d’Algérie, des migrants Maliens témoignent à l’AFP du traitement qui leur a été réservé sur place, et qui abondent dans le sens de précédents témoignages.

Plus de 260 Maliens, expulsés d’Algérie lors d’une vaste opération visant des migrants africains, sont arrivés à Bamako dans la nuit du 11 au 12 décembre. Un grand nombre d’entre eux ont accusé les forces de sécurité algériennes de violences, faisant état de blessés, voire de morts. Les informations sur des décès n’ont pas été confirmées de source officielle et les autorités algériennes, sollicitées par l’AFP, n’ont fourni aucun commentaire sur cette vaste opération lancée au début du mois.

Violences policières

« Nous avons été battus, au moins trois Maliens ont été tués », a déclaré à l’AFP Ousmane Coulibaly, un de ces migrants accueillis dans les locaux de la Protection civile, accusant les forces de l’ordre algériennes d’être « racistes ». « Parqués » après leur arrestation à Alger dans « une grande cour », certains Maliens, en voulant échapper aux coups de matraque, se sont fracassé la tête contre un mur ou une barre de fer, a affirmé Ousmane Coulibaly. « D’autres ont été blessés et un est mort, lors du transfert d’Alger vers Tamanrasset et vers la frontière nigérienne », a-t-il poursuivi, en référence à la dernière ville d’importance du sud algérien avant le Mali et le Niger.

Confirmant ces déclarations, Moussa Kanté, un autre expulsé, a dénoncé de son côté « le manque d’eau et de nourriture ». « Quand on nous expulsait vers le Niger, on donnait un pain (une baguette, NDLR) pour 40 personnes », a-t-il dit. L’acheminement des expulsés d’Alger à la frontière nigérienne s’est effectué en bus, puis jusqu’à la capitale nigérienne, Niamey, dans « des camions qui généralement ramassent du sable », a témoigné Oumar, 22 ans. D’autres ont affirmé avoir été expulsés bien que leurs papiers aient été en règle. « On nous a arrêtés le premier décembre », a raconté de son côté, Youssouf Doumbia. Ce dernier a expliqué avoir alors demandé « aux gens, à l’armée » pourquoi ils étaient arrêtés, et qu’on lui avait répondu qu’ils allaient être « vaccinés ». Certains de ces Maliens expulsés ont affirmé avoir été dépouillés de leur argent ou de leur téléphone portable lors de leur expulsion.

Les associations sur le qui-vive

« Nous demandons une enquête au sujet des cas de décès annoncés pour avoir confirmation ou infirmation de cette information », a déclaré à l’AFP le délégué général des Maliens de l’extérieur, Issa Sacko. « On déplore effectivement le traitement qui a été infligé à nos compatriotes », a-t-il ajouté. Le directeur exécutif de la section locale d’Amnesty International, Saloum Traoré, a de son côté réclamé « l’ouverture immédiate d’une enquête sur les cas de décès et de mauvais traitements physiques rapportés par les Maliens revenus ». L’ONG condamne les expulsions de tous les ressortissants africains d’Algérie, a-t-il martelé. L’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH) a également condamné « ces expulsions faites dans des conditions qui violent les droits élémentaires de l’homme ».

Les rapatriements forcés de migrants africains arrivés par milliers en Algérie sont fréquents depuis que la Libye voisine — jusqu’alors base de départ privilégiée pour traverser clandestinement la Méditerranée — est en proie au chaos. Ils sont généralement arrêtés dans les grandes villes méditerranéennes du Nord, puis convoyés par bus jusqu’à un centre d’accueil à Tamanrasset avant d’être aiguillés vers leurs pays respectifs. Ces opérations sont supervisées par le Croissant-Rouge algérien.

C’est dans ces circonstances de révélations sur le traitement réservé aux migrants en Algérie que le Maroc a annoncé, le 12 décembre, qu’il lançait « dans l’immédiat » la deuxième phase de son plan d’intégration des personnes en situation irrégulière. La première phase avait eu lieu en 2014 et avait abouti à la régularisation d’environ 25 000 personnes.*

(Avec AFP)

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