Pêche en eau douce : le Maroc renforce son cadre réglementaire

Le Maroc modernise son cadre réglementaire pour la pêche en eaux continentales. Publié au Bulletin officiel du 7 mai 2026, le décret n°2.26.395 refond un dispositif vieux d'un siècle pour mieux encadrer licences, concessions et pêche touristique, tout en renforçant la protection des écosystèmes aquatiques face aux pressions climatiques et humaines.

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Le Maroc modernise son cadre réglementaire pour la pêche en eaux continentales. Publié au Bulletin officiel du 7 mai 2026, le décret n°2.26.395 refond un dispositif vieux d'un siècle pour mieux encadrer licences, concessions et pêche touristique, tout en renforçant la protection des écosystèmes aquatiques face aux pressions climatiques et humaines. Crédit: DR

À l’approche de la saison estivale, les amateurs de pêche dans les rivières, barrages et lacs marocains devront désormais se conformer à un nouveau cadre réglementaire. Publié au Bulletin officiel du 7 mai 2026, le décret n°2.26.395 vient préciser les conditions d’exercice de la pêche dans les eaux continentales et moderniser un dispositif jusque-là largement fondé sur le vieux dahir de 1922 relatif à la pêche en eau douce.

À travers ce nouveau texte, les pouvoirs publics entendent mieux organiser les activités liées à la pêche continentale, développer certains segments comme la pêche touristique et sportive, tout en renforçant la surveillance des écosystèmes aquatiques sensibles aux aléas climatiques, à la pollution et à la pression humaine. Le décret clarifie de nombreuses procédures restées dispersées ou imprécises, notamment en matière de licences, de concessions et d’autorisations administratives.

Un décret qui définit différentes catégories

Le texte introduit ainsi plusieurs catégories de permis selon les usages et les milieux concernés. Les pêcheurs ne seront plus soumis à un régime uniforme. En effet, certaines licences sont réservées aux eaux à salmonidés, d’autres aux plans d’eau ouverts ou encore à des espaces liés à l’aquaculture et à certaines activités spécifiques. Un permis particulier est également prévu pour les jeunes de moins de 18 ans dans le cadre d’activités d’initiation ou de formation à la pêche. Cette différenciation vise à mieux adapter la réglementation aux réalités du terrain, à une période où les pratiques se sont fortement diversifiées ces dernières années, entre pêche de loisir, pêche sportive, animation touristique et exploitation commerciale.

Le décret consacre par ailleurs tout un volet à la pêche touristique, un secteur qui gagne progressivement du terrain autour de certains barrages, lacs et parcours de montagne. Les organisateurs d’activités devront désormais obtenir des autorisations précises et respecter un cahier des charges défini par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF). Le texte encourage également la pratique de la pêche en “No-Kill”, consistant à relâcher les poissons après capture afin de préserver les populations piscicoles et d’inscrire la pêche sportive dans la durabilité. Cette orientation reflète une tendance déjà observée dans plusieurs pays qui misent sur le tourisme halieutique à faible impact environnemental.

Le décret apporte une autre nouveauté importante. Il s‘agit de l’encadrement plus détaillé des concessions et des exploitations liées à la pêche continentale. Le décret prévoit des mécanismes d’appels à concurrence, de conventions et de gestion déléguée de certains espaces de pêche, sous la supervision de l’ANEF. Selon les cas, les concessions pourront être accordées pour trois ans renouvelables ou atteindre cinq ans pour certaines activités plus structurées. L’objectif est notamment de mieux organiser les activités économiques autour des plans d’eau et de professionnaliser un secteur encore marqué par l’informel et des pratiques disparates selon les régions.

Préservation des écosystèmes et vigilance accrue

Le texte renforce aussi le contrôle des activités scientifiques et commerciales liées aux milieux aquatiques. Ainsi, toute opération de pêche scientifique devra désormais faire l’objet d’une autorisation préalable accordée par le directeur général de l’ANEF, avec l’obligation de démontrer l’absence d’impact sur les espèces et les écosystèmes concernés. Le décret encadre également l’introduction d’espèces exotiques dans les eaux continentales, dans un contexte où les équilibres biologiques des retenues et cours d’eau sont déjà fragilisés par le changement climatique et la raréfaction des ressources hydriques.

Par ailleurs, les autorités prévoient d’associer davantage les acteurs locaux et les passionnés de pêche à la préservation des milieux aquatiques. Ainsi, le décret crée une carte de garde-pêche bénévole renouvelable, valable pour une durée de trois ans.

Concrètement, les volontaires agréés pourront participer à la surveillance des parcours de pêche et au signalement des infractions. Le texte fixe toutefois plusieurs conditions d’éligibilité et exclut notamment certaines personnes ayant fait l’objet de condamnations liées à l’environnement, à la chasse ou à d’autres infractions prévues par la réglementation.

Le nouveau décret reste cependant avant tout un texte d’application procédural. Et pour cause, il ne crée pas directement de nouvelles réserves piscicoles et ne fixe pas non plus de quotas de capture. Les grandes interdictions liées aux explosifs, produits toxiques ou procédés destructeurs continuent essentiellement de relever du cadre historique du dahir de 1922 auquel le texte renvoie régulièrement.

À travers cette nouvelle réglementation, les autorités semblent vouloir préparer un encadrement plus strict et plus moderne de la pêche continentale, à un moment où les enjeux environnementaux liés à l’eau douce deviennent de plus en plus cruciaux au Maroc.

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