Karima Moual : “On a crée un imaginaire collectif où un étranger devient un danger, un Marocain devient un criminel”

Journaliste et chroniqueuse maroco-italienne, Karima Moual s'est imposée comme l'une des principales voix du débat public italien sur les questions d'immigration et de racisme. Figure médiatique reconnue dans le pays, elle revient pour TelQuel sur la mort d'Abderrahim Fakir à Bologne, les manifestations qui ont suivi et le climat politique dans lequel s'inscrit cette affaire.

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Le 19 juillet, à Bologne, Abderrahim Fakir, Marocain installé en Italie depuis plus de trente ans, est mort à l'issue d'une intervention policière. Les circonstances exactes de son décès restent à établir et une enquête judiciaire est en cours. Depuis, l'affaire a suscité une vive émotion à travers le pays, et un retentissement notable dans la presse internationale. Crédit: DR

Le 19 juillet, à Bologne, Abderrahim Fakir, Marocain installé en Italie depuis plus de trente ans, est mort à l’issue d’une intervention policière. Les circonstances exactes de son décès restent à établir et une enquête judiciaire est en cours. Depuis, l’affaire a suscité une vive émotion à travers le pays, et un retentissement notable dans la presse internationale. Des manifestations se sont tenues dans plusieurs villes italiennes, tandis que responsables politiques, dont la présidente du Conseil Giorgia Meloni, organisations de la société civile et une partie des médias réclament que toute la lumière soit faite sur les circonstances de sa mort.

TelQuel. Quel regard portez-vous sur la séquence que traverse l’Italie ? Comment expliquez-vous l’ampleur des manifestations et de l’émotion suscitée par cette affaire ? 

Journaliste et chroniqueuse maroco-italienne, Karima Moual s’est imposée comme l’une des principales voix du débat public italien sur les questions d’immigration et de racisme.Crédit: DR

Karima Moual. L’Italie traverse un moment de forte tension, mais aussi de profonde prise de conscience. La mort d’Abderrahim Fakir a touché un point sensible de la société italienne, car elle n’a pas été révélée uniquement par un communiqué ou une reconstitution journalistique : elle est entrée dans les foyers à travers des images d’une extrême violence. Ces images montrent un homme immobilisé au sol, les mains derrière le dos, qui appelle à l’aide jusqu’à perdre connaissance. Elles ne disent pas encore tout de ce qui s’est passé, et il appartiendra à la justice de déterminer les causes de la mort ainsi que les éventuelles responsabilités. Mais ce qu’elles montrent a suffi à provoquer un choc collectif.

L’ampleur de l’émotion tient avant tout à une question très simple : comment une personne peut-elle mourir alors qu’elle est immobilisée, sous le contrôle des forces de l’ordre et en présence de personnel médical ? Les manifestations expriment donc une demande de vérité et de justice, mais aussi une peur plus profonde : celle qu’en Italie, certaines vies soient considérées comme moins dignes d’attention, de précaution et de protection que d’autres. Il faut naturellement distinguer très clairement la mobilisation pacifique des épisodes de violence survenus en marge des manifestations, dont la famille d’Abderrahim Fakir elle-même s’est désolidarisée, par la voix claire et courageuse de sa nièce, Yosra Fakir.

La violence ne favorise pas la recherche de la vérité ; au contraire, elle risque de détourner l’attention de la mort d’un homme pour la focaliser sur les affrontements de rue. C’est précisément ce qui est en train de se produire ces jours-ci dans la lecture qu’en donnent les journaux de droite. Les violences doivent être condamnées sans ambiguïté, mais elles ne peuvent devenir un prétexte pour faire oublier la question essentielle : pourquoi Abderrahim Fakir est-il mort, et cette mort aurait-elle pu être évitée ? Il faut se souvenir, aussi, qu’il a les mêmes droits que n’importe quel Italien, et non des droits moindres, simplement parce qu’il est d’origine marocaine.

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