Quand les chantres de l'amour universel applaudissent un carnage

Par Réda Allali

Parmi la cohorte de tocards qui ont justifié un génocide, figure un (anciennement) sympathique chanteur, longtemps estimé chez les Boualem. On lui a refusé un concert en Turquie sous prétexte de ses positions génocidaires, et le voilà qui gémit.

Les derniers mois ont fait beaucoup de dégâts, les amis. Pourtant, si vous connaissez le Boualem, vous savez que, derrière ses airs bougons et ses jérémiades perpétuelles, il est, au fond, un humaniste. Il cherche à créer du lien avec le reste de l’humanité, telle est sa nature. Plus son interlocuteur délire, plus il fait des efforts pour le comprendre, et c’est là le premier pas vers la fraternité. A l’opposé, renoncer au débat, admettre l’impossibilité de s’entendre et couper les ponts, voilà ce qui, dans son esprit, s’apparente le plus à la défaite ou à l’échec. Hélas, cette année funeste a détruit cette chimère, et cette noble attitude est de plus en plus difficile à maintenir. 

Il suffit de passer quelques secondes sur X pour constater à quel point le monde va mal. Un réseau social, conçu à l’origine pour rapprocher les humains, s’est transformé en zone de guerre verbale où l’insulte, la cruauté et le racisme diffusent leur sombre venin en quantité industrielle. Des inconnus se sautent à la gorge les uns des autres, ils alimentent des polémiques affreuses à longueur de journée et se vautrent dans l’injure pour assouvir on ne sait trop quelle ténébreuse passion, c’est à se demander où ils trouvent autant de temps libre. Zakaria Boualem ne fréquente plus cet endroit sinistre. Alors, il lit les journaux, et ce n’est pas plus joyeux. 

Depuis des mois, la seule démocratie de la région se déchaîne sur à peu près tout le monde et laisse les porte-parole de l’Empire se débrouiller pour nous expliquer que ce qu’ils font est parfaitement normal. Ils ont bombardé Gaza, l’Iran, le Yémen, la Tunisie, le Qatar, le Liban, la Syrie et la Cisjordanie, mais ils ne font que se défendre, car tous ces gens assassinés sont des terroristes, et ceux qui protestent contre ces crimes sont des antisémites. L’armée la plus morale du monde et ses sbires redéfinissent seuls le sens des mots et des concepts, à leur convenance, et merci. 

“La pente va être difficile à remonter pour la cohorte de tocards qui ont justifié un génocide”

Zakaria Boualem

La pente va être difficile à remonter pour la cohorte de tocards qui ont justifié un génocide. Parmi eux, hélas, un (anciennement) sympathique chanteur qui s’est construit une carrière à coup “d’enfants de tous pays, et tenons-nous la main, j’ai quitté mon pays, les bisous, on est tous des frères et je mendie de l’amour, etc.” Un répertoire respectable qui en avait fait un artiste estimé chez les Boualem. On lui a refusé un concert en Turquie sous prétexte de ses positions génocidaires, et le voilà qui gémit contre ce qu’il considère une atteinte à sa liberté. C’est la manifestation d’un aplomb phénoménal, prodigieux. Comme lui, ils sont nombreux à refuser de considérer la possibilité du silence, pourtant simple, comme une option valable. Non, ils viennent étaler leur inhumanité et ravager la foi, naïve, que l’on pouvait avoir en l’Empire et ses valeurs. 

C’est là qu’il faut que le Boualem présente ses excuses. Depuis des années, il accuse certains de nos politiciens ou de nos responsables, et même des présidents de club, des moustachus et des chauffeurs de taxi, de disposer d’une face d’une grande dureté. Il n’a pas hésité, le bougre, à évoquer le granite et même le graphène pour qualifier ce matériau, il a même souhaité que Dieu nous donne leur visage. Il s’excuse auprès d’eux, tous, car ce que nous voyons depuis plusieurs mois les relègue au rang de sympathiques margoulins. Qu’ils pardonnent au Boualem l’excès de ses propos enflammés. Car personne ne peut rivaliser avec ce chanteur et ses amis. Et merci.

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