Vendredi 10 juillet, après deux semaines passées au Maroc à préparer son nouveau documentaire et à profiter de sa famille, Mehdi Black Wind, de son vrai nom El Mahdi Lyoubi, arrive à l’aéroport. Mais alors qu’il s’apprête à rentrer à Marseille, où il réside depuis 2017, le rappeur et cinéaste se voit interdit de quitter le territoire marocain. À la place de sa carte d’embarquement, l’artiste reçoit une convocation de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ).
Après s’être rendu au commissariat de Salé, Mehdi Black Wind est convoqué à Casablanca. Le rappeur se présente alors, le lundi 13 juillet, au siège de la BNPJ vers 9h30 du matin.
Dans un communiqué de presse publié plus tard dans la journée, le comité de soutien du rappeur, composé de membres de sa famille et de ses proches, explique : “Après une journée d’audition, sa famille a été informée vers 21h00 de son placement en garde à vue et de sa présentation devant le procureur prévue mercredi.”
Selon le communiqué, “lorsqu’il est arrivé à Rabat le 29 juin 2026, c’était la première fois depuis le début du mouvement GenZ [qu’il soutenait, ndlr] qu’il se rendait au Maroc”. Son arrestation serait liée à ses prises de positions artistiques et à des publications sur les réseaux sociaux, selon la même source.
#FreeBlackWind
Depuis lundi, les messages de soutien à Mehdi Black Wind se multiplient et relaient le communiqué du comité. Parmi eux, la rappeuse marocaine Khtek a notamment exigé sa libération immédiate.
Contactés par TelQuel, les membres du comité de soutien au rappeur affirment que le rappeur a déjà été questionné par la police, “qui lui posait des questions à la douane, comme à beaucoup d’autres personnes engagées, d’ailleurs. Mais même s’il était inquiet de revenir au Maroc, il ne s’attendait pas à être placé en garde à vue”, assurent-ils.
Ils expliquent : “Nous avons commencé à nous mobiliser depuis son interdiction de quitter le territoire. Nous sommes basés en France, au Maroc et à l’international. Nous essayons d’utiliser le comité comme levier pour faire pression, car nous avons vu par le passé qu’avoir une couverture médiatique peut aider. Il y a aussi des personnes à Casablanca qui étaient présentes hier devant la brigade et qui reviendront sans doute demain matin pour son audience”.
“Connaissant El Mahdi, cette histoire va le rendre plus fort, soutiennent les membres du comité. Et même si c’est dur de parler d’espoir dans le climat actuel, nous espérons qu’après sa comparution, il sera poursuivi en état de liberté et non pas en état d’arrestation. Et nous espérons le revoir bientôt parmi nous”.
Ses proches s’inquiètent également d’une comparution devant le procureur seul sans avocat, compte tenu de la grève actuelle des avocats.
Un artiste engagé
Aperçu dans des clips ou en concert vêtu de son keffieh palestinien, Mehdi Black Wind se décrit comme un artiste engagé. Entre cinéma et musique, l’artiste originaire de Salé n’a jamais caché ses questionnements quant à la société et la politique de son pays natal.
Un engagement qu’il avait expliqué à TelQuel dans une interview accordée le 22 septembre dernier : “Je vais faire un peu de rhétorique mais tu ne peux pas faire du rap sans t’engager. Il y a des choses qui arrivent autour de toi face auxquelles tu ne peux simplement pas rester indifférent ou neutre”.
Ce à quoi il ajoutait : “En règle générale, je n’attaque jamais personne dans ma musique et je veille à ce qu’elle n’ait aucun impact négatif, même sur ceux avec qui je ne suis pas d’accord. Je respecte l’intégrité physique et morale de tout un chacun. Après, je fais du rap, je donne mon avis sur mon entourage et sur les politiques et l’état social du pays où je vis”. “Le temps rend toujours justice à l’artiste engagé”, ajoutait-il.
Mehdi Black Wind avait notamment apporté son soutien au mouvement de la GenZ, et expliquait dans une interview accordée à RFI, le 17 octobre 2025, qu’il se reconnaissait “à 100% dans les revendications des jeunes”, avant d’ajouter : “La GenZ a compris que ça ne va pas de construire les plus grands stades, les plus grands théâtres, les plus grandes tours d’Afrique alors que les victimes du tremblement de terre (de 2023 à Al Haouz, ndlr) dorment encore sous des tentes.”
