La grande affaire de la semaine, voire de l’année ou du siècle, c’est l’ouverture de la nouvelle version, flamboyante, du stade Moulay Abdellah à Rabat. Zakaria Boualem, il faut être honnête, n’aurait jamais imaginé devoir commenter pareille construction, lui qui a geint pendant des pages et des pages sur des enceintes d’athlétisme déguisées en stades de foot. Il se retrouve donc, en fin de carrière, enfin entendu, de manière inespérée, en tout cas sur ce point. C’est la démonstration éclatante du principe selon lequel il ne faut jamais perdre espoir.
“Nous avons même accueilli une nouvelle qualification à la Coupe du Monde sans émotion particulière, un peu comme des Allemands, alors qu’elle nous plongeait dans l’hystérie collective il n’y a pas si longtemps”
Il existe désormais, à Rabat, une noble construction dédiée à la pratique du football de haut niveau. Devant son écran, le bougre de Guercifi a été saisi par la beauté des images, il avait même du mal à reconnaître ses compatriotes tellement ils étaient beaux, voilà où il en était. Nous avons même accueilli une nouvelle qualification à la Coupe du Monde sans émotion particulière, un peu comme des Allemands, alors qu’elle nous plongeait dans l’hystérie collective il n’y a pas si longtemps. Jadis, nous errions dans les ténèbres, frappés de plein fouet par des éliminations cruelles, des décisions ineptes, des matches affreux, oui, et la lumière est venue, enfin. Depuis, Zakaria Boualem est traversé par une masse ridicule de réflexions exaltées, et il va les partager avec vous sans grand souci de cohérence, car son émotion est grande.
L’ouverture de la nouvelle version du stade Moulay Abdellah à Rabat prouve que le Maroc, quand il bascule en mode hamla, est irrésistible. Mais pour enclencher ce mode, notre précieuse image doit être en danger
La première, c’est que quand on veut, on peut. Il s’en doutait un peu, il l’a même déjà écrit ici, c’est désormais officiel : le Maroc, quand il bascule en mode hamla, est irrésistible. La mobilisation des énergies, l’intensité des efforts, l’excitation générale, tous ces éléments se présentent avec autorité et, mis bout à bout, balayent n’importe quelle difficulté. Mais ils ne se pointent qu’à une seule condition : que notre précieuse image soit en danger. Pour défendre ce capital, nous sommes capables de tout, c’est très beau.
Attention, la tentation est grande de coller cette caractéristique singulière au seul MarocModernesarl, alors que tout le monde, ici, est concerné. Regardez comment les familles se surpassent pour chaque mariage, comment les ultras se déchaînent sur leur tifo, ou comment les papas s’endettent dix ans pour parader dans un véhicule de luxe. La figure, ou le visage si vous préférez, c’est donc à la fois notre capital, notre moteur et notre angoisse, il faut utiliser cette force tribale plutôt que de tenter de la contrer.
Certains tristes sires se demandent, par exemple, ce qui se passerait si nous décidions de soigner notre classement de l’illettrisme avec le même enthousiasme que celui de la FIFA
Pourtant, ce stade splendide fait aussi grincer quelques dents. Certains tristes sires considèrent que cet exploit signifie, en creux, que nos échecs, hésitations et autres lenteurs sont dus à un manque de volonté. Mais il faut éviter de répondre à ce genre d’individus et à leur questionnement sans fin. Ils aiment se demander, par exemple, ce qui se passerait si nous décidions de soigner notre classement de l’illettrisme avec le même enthousiasme que celui de la FIFA, alors que, bien entendu, cela n’a rien à voir.
Ils ressassent que les grands stades de Marrakech et Agadir sont des ratages, que celui de Tanger est en construction permanente, puis ils se demandent pourquoi on concentre tous les équipements sportifs à Rabat au lieu de les semer un peu partout sur le territoire. Oui, ils multiplient les jérémiades, comme s’ils étaient en mesure de comprendre la stratégie de nos responsables, même si ces derniers nous l’expliquaient. Oublions-les et concentrons-nous sur notre vrai défi national, les amis : gagner la Coupe d’Afrique, et merci.
