Entre élan et friction

Par Yassine Majdi

Il y a des moments où tout semble s’accélérer. Et d’autres où on se rend compte que ce n’est pas la vitesse qui compte, mais la direction qu’on prend. L’année 2024-2025 aura été un peu des deux. Un Maroc en mouvement, c’est sûr. Mais aussi un Maroc en friction. Jamais autant de chantiers n’avaient été lancés en même temps : des centaines de milliards de dirhams d’investissements, des rapprochements diplomatiques importants, le Maroc organisateur de la Coupe du Monde 2030, l’AMO étendue à plus de 30 millions de Marocains… Au premier regard, c’est l’image d’un Maroc qui avance avec détermination. Mais alors, pourquoi cette dynamique prometteuse s’enlise-t-elle parfois quand il faut passer aux actes ?

L’écart entre ce qu’on annonce et ce qu’on fait révèle les complications de l’action publique aujourd’hui. Le dossier de la Moudawana montre bien cette réalité. L’esprit de la réforme vient d’un processus de concertation mené au plus haut niveau de l’État, avec des orientations claires du souverain et une validation du Conseil supérieur des oulémas. Du clé en main. Pourtant, le gouvernement tarde à le traduire en loi. Ce retard révèle les hésitations face aux dossiers de société sensibles, même quand l’impulsion vient d’en haut.

La communication institutionnelle pose aussi question. L’épisode Jabaroot l’a bien montré. Au-delà des problèmes techniques de cybersécurité qu’elle a révélés, cette cyberattaque a souligné l’importance d’une communication de crise organisée. L’absence de ligne claire et de coordination dans les prises de parole ont créé un flou. Dans un environnement médiatique où l’information circule très vite, ce silence institutionnel ou cette cacophonie peuvent nourrir les interrogations et fragiliser la confiance. Surtout dans un pays qui attire de plus en plus l’attention internationale.

Mobilité, santé, urbanisme, transition énergétique… les délais se resserrent pour les échéances de 2030. L’heure n’est plus aux projections, mais aux réalisations

Yassine Majdi

L’année 2025-2026 sera un test grandeur nature pour nos gouvernants. Ce ne sera pas une année d’attente, mais une année de vérité. La CAN à domicile testera notre capacité d’organisation. L’échéance électorale permettra de clarifier les enjeux, même si les grandes orientations semblent déjà tracées. Cette perspective confirme peut-être une logique de gouvernance qui mise d’abord sur l’efficacité économique et la mise à niveau des structures avant de se soucier de l’adhésion démocratique.

Au-delà de l’agenda politique, cette période devra aussi être celle où les grands projets se concrétisent. Mobilité, santé, urbanisme, transition énergétique… les délais se resserrent pour les échéances de 2030. L’heure n’est plus aux projections, mais aux réalisations. Cette urgence change fondamentalement la donne : il ne s’agit plus seulement de réformer, mais de livrer dans les temps, ce qui bouleverse les priorités gouvernementales.

“L’enjeu, c’est de suivre, questionner, enquêter sur le fond des transformations. Ne pas se contenter des effets d’annonce”

Yassine Majdi

Le rôle de la presse dans ce contexte devient celui d’une Cassandre moderne : alerter sur les écarts entre promesses et réalisations, anticiper les points de friction avant qu’ils ne tournent au blocage. Cette fonction d’alerte est d’autant plus importante que l’accélération du rythme politique réduit les marges d’erreur. L’enjeu, c’est de suivre, questionner, enquêter sur le fond des transformations. Ne pas se contenter des effets d’annonce, mais creuser pour savoir quelle promesse a été tenue. Entre élan et friction, entre ambition et réalité, se dessine un modèle marocain de modernisation qui devra concilier audace dans les projets et ténacité pour les faire aboutir. En attendant de reprendre ce débat à la rentrée, bonnes vacances à toutes et à tous.