Le Boualem et une petite leçon de paranoïa post-Mondial

Par Réda Allali

Il est établi qu’en 1990, pendant le Mondial, les Argentins ont drogué leurs adversaires brésiliens en plein match. Il paraît aussi que, récemment, un carton rouge a sauté, et ce n’est pas du complotisme

Nos voisins sont glorieux. Ils ont triomphé, en finale, de  coriaces Argentins qui n’avaient que leur grinta surdosée à opposer à la maîtrise technique phénoménale de leurs adversaires. Les potes de Messi, hélas, ont basculé dans une sorte de caricature d’eux-mêmes, et ils se sont trouvés réduits au rang d’une bande de truands peu inspirés, voilà ce que tout le monde a constaté. 

Zakaria Boualem, vous le savez, est un immense fan de Maradona, et il éprouve le plus grand respect pour les filouteries diverses, les diableries en tout genre, elles font partie du foot et font de ce sport un spectacle unique. Mais pour cela, le vice doit servir le jeu, et, cette fois, il n’y en avait pas du tout. Le jeu était du côté des rouges, à qui il faut rendre hommage pour cette étonnante maîtrise de leurs nerfs, alors qu’ils étaient plongés dans une marmite bouillante par des énergumènes aussi singuliers que ce bon Paredes. 

Le Boualem a terminé cette Coupe du Monde sur les rotules, le bougre. À force de tout regarder, de tout lire, de tout commenter, il a l’impression d’avoir passé une année entière dans un café bondé. Il a observé avec fascination la dérive de son sport préféré, définitivement confisqué par les marchands, et ridiculisé par les politiques. Les premiers ont réussi à imposer 27 minutes de mi-temps, en plus des pauses d’hydratation hypocrites, c’est insupportable. Et pendant cette interminable pause, ils ont réussi l’exploit de nous proposer une brochette d’artistes dont on peut, sans prendre de grands risques, dire qu’ils n’ont pas déchaîné les passions. Exception faite de Shakira la magnifique, mais il faut dire qu’elle se produisait tout de même pour sa quatrième Coupe du Monde (applaudissements s’il vous plaît). L’agent orange, pour sa part, s’est mis en scène avec un tel aplomb, un visage si dur qu’il ferait passer le dernier président de Botola pour un exemple de retenue et de dignité. Ce type a gagné la Coupe du Monde, voilà le message qu’il veut nous faire passer, avec son front en graphène. 

Autre chose : ce tournoi a été joué sous le grand signe de la paranoïa collective, on a même parlé d’un ballon manipulé par une puce à distance. Les Argentins, qui ont proposé une copie lamentable, ont blâmé la FIFA et l’arbitrage pendant que le reste du monde, lui, accusait les mêmes entités d’avoir hissé ces mêmes Argentins en finale… Ne cherchez pas de cohérence, il fait chaud.  Pour notre part, on aurait donné le match à la France pour sauver Hakimi, voyez un peu le niveau. Et seul le manque de place retient le Boualem de lister les théories foireuses produites par le grand peuple d’Égypte, remarquable d’imagination et d’énergie verbale.

Le pire, dans cette affaire, c’est que Boualem lui-même ne peut se permettre de placer toutes ces thèses sous le seul terme affreux de complotistes, car nous parlons d’un monde où tout semble désormais possible. Après tout, il est établi qu’en 1990, pendant le Mondial, les Argentins ont drogué leurs adversaires brésiliens en plein match. Il paraît aussi que, récemment, un carton rouge a sauté, et ce n’est pas du complotisme. Quant aux turpitudes de la FIFA, elles ne sont un secret pour personne. La nouveauté, donc, vient des réseaux sociaux, qui ont piraté le débat en l’orientant exclusivement vers ce genre de théories. Le tout sur fond de racisme, car depuis que tout le monde parle avec tout le monde, disons que ce n’est pas très brillant. Aux débats sur la place de l’IA générative ou sur la valeur du dernier Nolan, on préfère se balancer quelques clichés xénophobes sur la profession de la maman ou la nature simiesque du papa. Voilà, donc, la synthèse de ce mois mouvementé, c’est tout pour la semaine, et merci.