IIl y a quelques jours, un nouveau scandale est venu entacher l’enseignement supérieur au Maroc. Le responsable d’un master en droit à l’université Ibn Zohr d’Agadir a été arrêté, soupçonné d’avoir fait de ce diplôme un fonds de commerce personnel. L’enseignant est accusé de corruption : il aurait vendu des masters et même des doctorats à des étudiants. Le scandale est d’autant plus grave que parmi les diplômés de ce master figureraient des magistrats, des avocats et des responsables politiques locaux. Une affaire qui vient s’ajouter à celle qui a secoué le milieu universitaire en 2021, impliquant des enseignants à Settat qui exerçaient un sordide chantage sur leurs étudiantes en accordant des notes en contrepartie de relations sexuelles.
“L’université s’est transformée, au fil des années, en garderie pour adultes, en pépinière de futurs désœuvrés”
On sait depuis longtemps que l’université marocaine est pauvre et malade. Elle s’est transformée, au fil des années, en garderie pour adultes, en pépinière de futurs désœuvrés. Les chiffres officiels sont éloquents à cet égard. Presque un étudiant sur deux quitte l’université sans obtenir de diplôme et l’État dépense à peine 12 000 dirhams par étudiant pour les universités en accès ouvert, c’est-à-dire quatre fois moins que pour les formations exigeant une sélection et des concours. Les facultés sont ainsi peuplées de jeunes adultes, sans motivation ni horizon, qui ne savent même pas pourquoi ils y sont inscrits, avec des enseignants qui sont également là par hasard et non par vocation.
À l’exception d’une minorité qui pratique la recherche scientifique et l’enseignement supérieur par devoir et conviction, une partie considérable des universitaires au Maroc aborde son métier comme s’il s’agissait d’une situation de rente. Une étude exhaustive réalisée il y a une dizaine d’années par le sociologue Mohamed Cherkaoui, sur la recherche au Maroc dans le domaine des sciences humaines et sociales, a démontré que 55% des enseignants n’ont jamais écrit une seule ligne de leur vie ! On peut parier que les choses ne se sont pas améliorées depuis cette période.
Une situation qui explique pourquoi aucune université publique marocaine ne figure en bonne position dans un classement international. La production scientifique est désormais une question d’individualités, d’initiatives personnelles, plutôt que le résultat d’une politique publique et d’un esprit de corps et d’appartenance à un métier précieux et particulier. Les budgets alloués à la recherche scientifique sont indignes d’un pays aux aspirations aussi grandes et ambitieuses que le Maroc. Ils ne permettent ni d’attirer les talents, ni d’encourager les vocations.
Pourtant, il fut un temps où les meilleurs éléments de la nation s’orientaient vers l’enseignement supérieur. L’université fournissait à l’État, à l’administration publique et à la classe politique marocaine ses élites et ses cadres. On remarque aujourd’hui la disparition de la figure de l’universitaire des espaces de pouvoir et de décision. Le profil du manager ou de l’homme d’affaires s’est substitué à celui du professeur qui a marqué les gouvernements marocains depuis l’indépendance.
Si l’on se penche sur la composition des parlementaires et dirigeants des partis politiques, on peut également observer comment les hommes d’affaires et les notables ont supplanté les universitaires et les intellectuels. L’USFP, par exemple, est un cas emblématique de ce changement. La dépréciation de la valeur symbolique des enseignants, la dévaluation de leur statut social et la succession des scandales qui entachent les lieux de savoir dans notre pays alimentent un vrai malaise au sein de l’université marocaine. Un sursaut national s’impose pour sauver ce qu’il y a encore à sauver dans cette fabrique d’élites et d’excellence, devenue un théâtre d’esclandres et de médiocrité.
