Game of deals : le Maroc face à Trump

Par Yassine Majdi

Le Maroc n’a pas été mentionné dans le discours que Donald Trump a prononcé le 12 mai à Riyad lors de sa tournée dans les pays du Golfe. Et pourtant, dans les propos du président américain, il y a matière à réflexion pour les décideurs marocains. Un discours fait rare structuré, cohérent et qui définit en partie le mode d’emploi du nouvel ordre mondial qu’il tente d’imposer. Un monde où la paix se mesure en investissements et la loyauté en contrats signés. Un monde auquel il faudra s’adapter.

Trump ne croit pas aux modèles de société et de gouvernance exportés. Il reconnaît que certains pays ont réussi à se moderniser et à se développer en dehors des schémas que l’Occident a essayé, pendant des décennies, d’imposer aux pays en développement. Une première pour un dirigeant occidental. Il rejoint en cela la doctrine défendue par les dirigeants chinois et qui leur a valu tant de succès. Dans cette vision, démocratie, libertés individuelles ou bonne gouvernance sont des notions que chaque pays pourra décliner selon sa propre histoire, ses propres traditions et en tenant compte de ses propres priorités.

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Le Maroc n’est pas au cœur de cette architecture, mais les lignes directrices sont claires. Pour compter, il faut savoir nouer des partenariats stratégiques. F-16, Abrams pour l’armée, gaz naturel américain pour nos centrales, cloud souverain à composants US, Boeing pour la RAM, soja et maïs américains pour notre bétail… Ce sont là les signaux que Washington attend du Maroc.

La position de Trump sur le Sahara a déjà été affirmée. Même si, dans un monde où tout est négociable, rien ne garantit que les positions américaines restent figées

Yassine Majdi

Signaux que le Maroc a compris depuis longtemps et qu’il n’a cessé d’envoyer. Trump n’a plus besoin de mentionner le Sahara. Il n’en a pas besoin. Sa position a déjà été affirmée. Même si, dans un monde où tout est négociable, rien ne garantit que les positions américaines restent figées. Leur durabilité dépendra du degré d’alignement du royaume… et de sa capacité à faire vivre le partenariat au-delà des mots.

Dans cette logique, les promesses comptent peu. Ce qui compte, c’est l’engagement. L’Amérique trumpienne n’écoute pas les déclarations de principe, elle lit les contrats, scrute les transferts de technologie, mesure les flux d’investissements. Le narratif ne fait plus la stratégie. La proximité politique et sécuritaire ne suffit plus si elle ne s’incarne pas dans des partenariats calibrés, où les intérêts américains sont tangibles. L’effort n’est pas unilatéral, il suppose de poser sur la table une offre claire, qui combine visibilité économique et valeur géopolitique.

Le Maroc n’a pas à précipiter des annonces. Il n’a pas à simuler une proximité qu’il entretient déjà. Il doit simplement comprendre que les règles ont évolué. Ce qui compte dorénavant, ce ne sont plus les discours de fidélité, mais les engagements visibles, concrets, mesurables. Au-delà de son habileté diplomatique, le royaume devra aussi miser sur son inclusion dans une chaîne d’intérêts partagés. Trump ne restera pas éternellement à la Maison Blanche. Mais sa doctrine, elle, survivra très certainement aux urnes, et peu importe si le vainqueur des prochaines élections US soit démocrate ou républicain. Et pour une puissance intermédiaire comme le Maroc, il ne s’agit plus tant de choisir un camp que de formuler une offre.