GenZ212 : lourd bilan après une deuxième nuit de violences dans plusieurs villes

Une escalade notable a marqué plusieurs villes dans la nuit de mercredi à jeudi, lors des protestations connues désormais sous le nom de GenZ212. Des manifestations initialement pacifiques ont dégénéré en affrontements violents et en actes de vandalisme dans plusieurs régions du nord et du sud du pays, sur fond d’un important déploiement sécuritaire.

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Au nord

À Fnideq, ville frontalière, les tensions ont été vives après la fermeture par les autorités de la route menant au poste de Sebta occupée, par crainte de l’arrivée de groupes de jeunes et de mineurs tentant la migration irrégulière. Malgré cela, des heurts à coups de pierres ont éclaté, comme l’ont montré des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. À Martil, des manifestants ont incendié des poubelles et bloqué des routes avec des pierres, tandis qu’à Tanger une marche s’est terminée par de violents affrontements le long de la corniche, causant des dégâts matériels.

Au sud

À Inzegane, des violences se sont reproduites pour la deuxième fois en deux jours. La ville de Guelmim, où la contestation n’avait éclaté que mercredi, a également connu des heurts, tout comme Taroudant, touchée elle aussi par des violences de grande ampleur.

Dans les grandes villes

À Casablanca, des affrontements ont éclaté autour d’institutions et de bâtiments officiels après des manifestations pacifiques. À Salé, la situation n’a été maîtrisée qu’après l’arrivée de renforts des forces auxiliaires, occupées auparavant à sécuriser un match de l’AS FAR à Rabat. Dans cette ville, des individus cagoulés ont incendié deux véhicules de police ainsi que les abords d’une agence bancaire, en dehors du quartier initialement ciblé par les appels à manifester.

Des troubles ont également eu lieu dans des petites villes non mentionnées dans les appels officiels à manifester, comme Sidi Bibi et Kelaât Sraghna, où des images et vidéos ont montré des voitures endommagées et des rues jonchées de pierres. À Skhirat et Aïn Atiq, des affrontements qualifiés de violents ont aussi été signalés.

Deux morts dans des émeutes

Deux personnes ont été tuées par balles dans la nuit de mercredi lors d’une tentative d’intrusion dans une caserne de la gendarmerie de Laqliaa, dans la province d’Inzegane. L’agence officielle MAP rapporte, citant une source des autorités locales, que les gendarmes « ont dû faire usage de leurs armes de service, dans le cadre de la légitime défense, pour repousser une attaque visant à pénétrer dans le poste et s’emparer de munitions et d’armes ».

La même source précise que d’autres personnes ont été blessées sans donner de chiffres, et que les assaillants, armés de pierres et ensuite renforcés par d’autres groupes, ont attaqué le centre à coups de projectiles puis avec des armes blanches. Ils se sont emparés d’une voiture et de quatre motos de la gendarmerie, ont incendié le véhicule et une partie du bâtiment, et tenté de s’emparer des armes de service.

Face à cela, les gendarmes ont de nouveau fait usage de leurs armes « en état de légitime défense ». Cet épisode est décrit comme le plus grave incident depuis le début de la contestation menée par GenZ212.

Autorisations et slogans

Depuis samedi, les autorités interdisent les manifestations de ce mouvement. Mais mercredi soir, pour la première fois, elles ont autorisé des rassemblements dans plusieurs villes. Ceux-ci se sont déroulés dans le calme, réunissant quelques centaines de jeunes à Casablanca, Fès, Tanger, Tétouan et Oujda, scandant des slogans contre la corruption, pour la justice sociale et appelant au départ du chef du gouvernement Aziz Akhannouch.

Le mouvement GenZ212 avait insisté sur le caractère « pacifique » de ses mobilisations et rappelé ses revendications : un enseignement équitable et une santé accessible à tous.

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Bilan

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid El Khalfi, les débordements ont commencé mardi soir, lorsque certaines manifestations se sont transformées en attroupements violents avec usage de pierres, d’armes blanches et de cocktails Molotov. Jusqu’à mardi soir, 263 membres des forces de l’ordre et 23 manifestants avaient été blessés, dont un nécessitant des soins prolongés à Oujda.

Au total, 409 personnes ont été placées en garde à vue, tandis que d’autres ont été relâchées après vérification d’identité.

El Khalfi a précisé que des assaillants avaient attaqué des administrations, des agences bancaires et des commerces, notamment à Inzegane, Aït Amira et Tiznit, causant des dégâts à 142 véhicules des forces de l’ordre et à 20 voitures privées.

Les autorités disent vouloir agir avec « retenue » mais aussi « fermeté » face aux actes passibles de la loi.

Suite judiciaire

Quelque 193 personnes suspectes ont été poursuivies suite aux actes de violence, de destruction et d’incitation qu’ont connus récemment certaines villes du Royaume, a affirmé Zakaria Laaroussi, magistrat, chef de l’unité de suivi de l’exécution des mesures répressives et des décisions judiciaires au sein de la Présidence du Ministère public.

Dans une déclaration à la presse, Laaroussi a indiqué qu’il a été procédé à la présentation d’une requête pour mener une instruction à l’encontre de 18 suspects, dont 16 ont été placés en prison sur ordre du juge d’instruction.

Et d’ajouter que 19 suspects sont aussi poursuivis par les parquets compétents en état de détention eu égard à la gravité des actes qu’ils ont commis, notamment les crimes de droit commun sachant que certains parmi eux ont été sous l’effet de la drogue.

De même, a poursuivi Laaroussi, 158 suspects sont poursuivis en état de liberté, tandis que l’affaire a été classée pour 24 suspects, ajoutant qu’un groupe de personnes a été relâché après établissement des PV de leur audition.

Ces protestations non autorisées, a-t-il expliqué, ont été marquées par des agissements qui n’ont aucun lien avec la manifestation à caractère pacifique, puisque ces évènements ont été émaillés de différentes formes de violence et de destruction, notamment les jets de pierres contre les forces de l’ordre, la destruction de biens de citoyens, en plus de véhicules et commerces endommagés, d’actes de pillage, d’incendies de véhicules propriété de l’Etat, dégradation de biens d’utilité publique, ainsi que la violence et l’entrave de la circulation sur la voie publique.

Compte tenu que ces agissements ont porté atteinte à la sûreté et la sécurité des citoyens, et eu égard à son caractère criminel, les enquêtes judiciaires ont été diligentées à cet effet sous la supervision des parquets compétents en conformité avec les dispositions légales, a fait savoir Laaroussi.

Les enquêtes ont révélé l’implication d’un groupe de mineurs qui ont été déférés devant la justice des mineurs pour prendre les mesures juridiques adéquates à leur égard, a-t-il dit, ajoutant que les enquêtes judiciaires dans ce sens ont démontré que certains individus ont procédé à la diffusion de contenus numériques dans nombre de comptes sur les réseaux sociaux en vue d’inciter les personnes à sortir dans les rues pour protester, comme il a été procédé à la diffusion de contenus numériques des manifestations survenues à l’étranger et ce pour induire en erreur le public, faire augmenter le nombre de vues pour en réaliser des gains financiers.

Les investigations sont toujours en cours en vue de l’arrestation du reste des personnes soupçonnées d’être impliquées dans la commission des actes précités, survenus le soir du 30 septembre, a-t-il souligné, faisant savoir qu’elles seront déférées devant les parquets compétents en vue de prendre les mesures légales appropriées à la lumière des résultats de ces enquêtes.

Et de conclure que les parquets veillent à la préservation de la sécurité et la sûreté des citoyens et de leurs biens, ainsi qu’à la préservation de l’ordre et de la sécurité publics, en plus de la protection des droits et libertés, dans le droit fil des missions qui leur sont assignées, conformément à la loi et la Constitution, affirmant que ces mêmes parquets s’attacheront à l’application ferme et strict de la loi pour la préservation de la sécurité et de la sûreté des citoyens.