Grève générale le 20 juin : trois syndicats dénoncent “la hausse continue des prix”

Trois centrales syndicales appellent à une grève générale le lundi 20 juin dans la fonction publique, les établissements publics, les collectivités territoriales, les transports et la logistique. Face à la hausse continue des prix, l’ODT, la CGT et la FSD réclament une augmentation des salaires et des pensions de retraites. Les détails.

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Les chauffeurs de taxis manifestent contre la hausse des prix du carburant, à Rabat, le 7 mars 2022. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

Les trois centrales syndicales ont tenu une conférence de presse ce jeudi 16 juin à Rabat. Le secrétaire général de l’ODT, Adil Lotfi, a notamment déclaré que « les trois syndicats tirent la sonnette d’alarme sur la situation dégradante vécue par la classe ouvrière et la majorité du peuple marocain ». La grève générale est annoncée « en guise d’avertissement », face aux hausses successives des prix des matières premières, des carburants et de certaines denrées alimentaires de base.

Commémoration d’une date

Le trio syndical exige en conséquence de « mettre fin à cette situation en approuvant une augmentation réelle des salaires et des pensions de retraite, en tenant en considération les taux d’inflation et en veillant à ce que tous les citoyens puissent bénéficier de la richesse nationale en instaurant une justice sociale », a énuméré le syndicaliste, tout en appelant à assurer un niveau minimum de services dans les secteurs sensibles.

Au vitriol, Ali Lotfi a estimé dans son discours que le récent accord social signé par le gouvernement avec les cinq syndicats les plus représentatifs « a confié les rênes au patronat pour fixer les modalités de la prochaine étape en vue de dominer définitivement les champs politiques, syndicaux et médiatiques, d’une manière qui lui garantisse continuité et enrichissement, en dehors de l’équation ‘win-win’ dont nous sommes toujours les défenseurs ».

La date choisie se veut en commémoration du 41e anniversaire des émeutes du 20 juin 1981 et de tous les sacrifices consentis par le peuple marocain. « Il faut reconnaître en toute responsabilité que ce moment est semblable à celui de juin 1981, et que tous les indicateurs prévoient une explosion face à une stabilité fragile et à un avenir incertain », a expliqué Ali Lotfi.

Rejet de l’accord social

Le patron de la CGT Abdelali Gmira a, pour sa part, insisté sur le rôle de la Caisse de compensation en rappelant les récentes sorties médiatiques de l’ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, sur ce dossier. « Benkirane a tenu des propos graves lorsqu’il a déclaré qu’avant la libéralisation des prix des hydrocarbures en décembre 2015, les entreprises apportaient des factures à la Caisse et recevaient des milliards de redevance sans supervision ni contrôle », a-t-il lancé, ajoutant qu’à l’époque, « le secteur des hydrocarbures récupérait l’essentiel des dépenses de la Caisse de compensation qui s’élevaient à 50 milliards de dirhams, contre 15 milliards de dirhams en 2022 ».

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Cette dernière institution est d’ailleurs qualifiée de « boîte noire » par Abdelali Gmira qui rappelle un rapport commandé à l’époque par le ministre Lahcen Daoudi, chargé des Affaires générales et de la Gouvernance dans le gouvernement Benkirane. Le chef syndical a également critiqué l’absence de toute procédure de fixation ou de stabilisation des marges bénéficiaires sur certains produits, « contrairement à ce qui a été appliqué dans de nombreux pays qui croient en la justice sociale ».

Gmira craint une hausse des prix des carburants tous les 15 jours. « Une hausse qui impactera d’autres produits, sans que le gouvernement ne table sur une réduction de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, de la taxe à la consommation, de la TVA, ou des droits d’importation », présage le syndicaliste.

Secrétaire général de la FSD, Mustapha Mrizak est revenu quant à lui sur le récent accord social signé le 30 avril dernier entre le gouvernement et les syndicats les plus représentatifs. « Ce n’est qu’un acte de report des manifestations jusqu’en 2025 et 2026 », d’après le syndicaliste qui regrette « la signature de cet accord par l’une des centrales qui font partie de notre histoire », sans nommer précisément l’UMT, plus vieux syndicat au royaume. « Ni le pouvoir d’achat, ni le régime salarial dans les secteurs public et privé, ni les pensions de retraites n’ont connu de changement réel pour faire face à une augmentation des prix de cette ampleur », a déclaré Mrizak.

A l’heure où nous mettons en ligne, l’ODT, la CGT et la FSD n’ont pas été rejoints par d’autres centrales syndicales pour l’observation d’un jour de grève le lundi 20 juin dans la fonction publique, les établissements publics, les collectivités territoriales, les transports et la logistique.