Dans son intervention publiée dans le rapport annuel 2025 de Bank Al-Maghrib, Jouahri souligne également que les mécanismes de financement innovants, qui ont permis de mobiliser près de 150 milliards de dirhams depuis 2019, arriveront à leur terme à partir de 2028. Par ailleurs, la progression soutenue des recettes fiscales pourrait ralentir si la conjoncture économique venait à se dégrader.
S’agissant des ressources publiques, le Wali appelle à la vigilance et estime que les révisions régulières des dépenses demeurent indispensables. « Il faut accélérer la réforme de la loi organique relative à la loi de finances. En particulier, un calibrage adéquat de la nouvelle règle budgétaire qu’elle prévoit permettrait d’assurer une stabilité relative et de définir clairement les conditions de dérogation, afin d’en faire une référence crédible pour renforcer la discipline budgétaire », a-t-il déclaré.
Jouahri estime également qu’au-delà de la réduction des inégalités, une meilleure rationalisation des ressources est devenue indispensable pour préserver les marges budgétaires. Selon lui, la soutenabilité des finances publiques fait face à un double défi : la succession de chocs de différentes natures génère des dépenses supplémentaires importantes, tandis que le recours répété à des crédits additionnels depuis 2022 illustre l’ampleur des risques pesant sur la trajectoire budgétaire et rend son évolution plus difficile à anticiper.
Le rapport s’appuie par ailleurs sur les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), qui montrent que les dépenses moyennes des 20 % des ménages les plus aisés sont plus de sept fois supérieures à celles des 20 % les plus modestes. À l’échelle territoriale, un habitant des zones urbaines dépense en moyenne près du double d’un habitant des zones rurales.
Pour le Wali de Bank Al-Maghrib, ces écarts montrent que, malgré les ressources importantes consacrées au soutien social, les aides publiques doivent être mieux ciblées au profit des populations les plus vulnérables. Il rappelle qu’environ 18 milliards de dirhams ont été mobilisés en 2025 au titre de la Caisse de compensation, un dispositif de soutien généralisé dont bénéficient principalement les ménages les plus aisés.
Enfin, Jouahri relève que les avantages fiscaux en vigueur, dont le coût pour le budget de l’État a dépassé 32 milliards de dirhams en 2025, sont parfois accordés sans évaluation rigoureuse de leur justification ni suivi étroit de leur mise en œuvre.
