Ces dernières années, à l’approche de l’Aïd Al Adha, on assiste aux mêmes scènes : les prix flambent, les Marocains se plaignent et le gouvernement peine à apporter une réponse au problème de la spéculation, quand il n’y contribue pas lui-même. L’année dernière, le judicieux appel royal invitant les Marocains à s’abstenir d’accomplir ce rite nous a épargné ces débats et soulagé des millions de citoyens de ce qui est devenu une corvée et un véritable sacrifice financier. Cette année, le rite reprend. Et avec lui, les mêmes angoisses, les mêmes marchés livrés à eux-mêmes, et la même impuissance organisée. Alors, à qui la faute ?
“Commençons par abandonner une posture détestable : celle de blâmer les plus démunis d’entre nous de s’obstiner à acheter un mouton, quitte à s’endetter”
Commençons par abandonner une posture détestable : celle de blâmer les plus démunis d’entre nous de s’obstiner à acheter un mouton, quitte à s’endetter ou à vendre des meubles. Nous ne pouvons pas faire abstraction de la dimension religieuse que revêt l’Aïd pour des millions de Marocains. Il s’agit pour eux d’une reproduction du geste prophétique qu’ils accomplissent et célèbrent avec ferveur. Le sacrifice animalier traverse toutes les religions, y compris non monothéistes. Mais il y a évidemment une part de contrainte sociale dans cette fête. La promesse faite aux enfants que cette année, comme les autres, la famille sera réunie autour d’une table qui ne manquera de rien. Blâmer ces familles pour leur attachement à cette fête est déplacé et insultant.
On peut observer, par ailleurs, que des franges de la classe moyenne marocaine ne célèbrent plus l’Aïd. Certaines familles préfèrent consacrer cet argent à d’autres dépenses (voyages, scolarisation des enfants…) et réduire l’occasion à une dimension conviviale et spirituelle minimale. Une minorité plus aisée, de plus en plus détachée de cette tradition, en profite pour aller en Europe ou à l’hôtel à Marrakech. Il y a de tout, c’est le Maroc d’aujourd’hui. Mais l’Aïd est devenu, sans trop grossir le trait, la fête des plus démunis. Ce sont eux les vrais “sacrifiés” pendant cette période. Ce sont eux qui portent, dans leur chair et dans leur budget, le poids d’un système qui ne les protège pas. Personne ne peut blâmer ces pères et ces mères qui s’endettent pour ne pas faillir à leur rôle.
“Un gouvernement sérieux ne se contente pas de souhaiter bonne fête à ses citoyens, il leur garantit les conditions décentes pour la vivre”
La faute est ailleurs. Elle est dans un système économique fondé sur la rente et la spéculation, où les prix du bétail obéissent à des logiques d’intermédiaires opaques plutôt qu’aux règles élémentaires du marché. Elle est dans l’absence criante de régulation, dans la passivité, et parfois la complicité, de décideurs publics qui laissent les citoyens face à la rapacité et au désordre. Un gouvernement sérieux ne se contente pas de souhaiter bonne fête à ses citoyens, il leur garantit les conditions décentes pour la vivre. Il contrôle les marchés, régule les filières, anticipe les tensions, protège le pouvoir d’achat. Il n’engraisse pas, à coups de milliards d’argent public, une infime couche de la société pour des raisons de clientélisme politique ou de soutien électoral. Il protège la majorité des Marocains, ceux qui n’ont d’autre recours que lui, et qui méritent mieux qu’une fête transformée en épreuve.
Bonne fête à tous. Sauf à ceux qui la gâchent.
في ثلاثة سنوات، استفاد 277 محظوظ من موردي اللحوم بالمغرب من دعم عمومي يقدر ب 13 مليار درهم ، وبهوامش ربح خيالية، وبدون أثر إيجابي على انخفاض اللحوم في السوق المغربية. في هذا البودكاست، نعود الى فضيحة الفراقشية، الارتباط بين سوء التدبير واقتصاد الريع، و لماذا يحرم المغاربة من… pic.twitter.com/XbYkVgyz70
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) May 26, 2026
