CAN 2025 : Acheter un ticket, risquer sa santé mentale

Par Réda Allali

Acheter un ticket pour la CAN, les amis, c’est risquer sa santé mentale. On en arrive presque à regretter le temps des files d’attente vintage, au moins ça marchait 

Vous le savez sans doute, la semaine a été marquée par le lancement en grande pompe de l’application qui devait démontrer au reste du monde la puissance de notre technologie et le génie de nos informaticiens. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’un software permettant d’explorer quelque galaxie lointaine, encore moins d’une solution complexe permettant de lire dans les pensées de notre administration, pas du tout. Il s’agissait, plus modestement, de mettre à la disposition des supporters une application pour acheter les tickets de la CAN, autant dire une formalité. Il faut toutefois rappeler qu’un premier lancement s’était soldé par un échec, on ne sait trop pourquoi. 

Notons qu’en matière de timing, nous sommes très en retard, puisque le premier match est prévu dans deux mois à peine. Vous pouvez par exemple dès aujourd’hui acheter votre place pour un concert de Metallica prévu en juillet prochain, ou pour la Coupe du Monde 2026, si ça vous chante. Ces diables sont capables d’anticiper sur presque une année, alors que Zakaria Boualem, juste pour planifier le week-end prochain, se sent grandement menacé par une masse d’événements inconnus qui peuvent surgir entre lui et cet objectif lointain. 

“Vous pouvez construire les plus grands stades du monde, et les plus grands théâtres d’Afrique par paquet de trois, il suffit d’une application affreuse pour détruire un projet. ”

Zakaria Boualem

Les organisateurs de la CAN lui ont épargné ce casse-tête, hamdoullah, puisqu’ils ont mis sur le marché une application qui, dès son lancement, s’est révélée foireuse. Avec une telle quantité de bugs, dysfonctionnements, absurdités et autres erreurs que, si on se mettait en tête de les lister, le magazine n’y suffirait pas. Acheter un ticket pour la CAN, les amis, c’est risquer sa santé mentale, voilà où nous en sommes. On en arrive presque à regretter le temps des files d’attente vintage, au moins ça marchait. 

Comment pareil plantage est-il possible ? Par quelle succession de grandes erreurs, de petites approximations et de choix dramatiques en sommes-nous arrivés là ? C’est un mystère, et ne comptez pas sûr le Boualem pour l’éclaircir, même s’il lui semble bien que nous disposons chez nous de suffisamment d’informaticiens et de ressources pour pondre une simple application de billetterie. Mais il est possible que quelque chose lui échappe. Il ne va pas creuser, donc n’insistez pas. Le bougre cherche juste à éviter les problèmes, tout le monde sait que la situation est tendue. Par contre, il peut rappeler à nos héros champions nationaux la théorie du facteur limitant, cruelle et injuste, mais bien réelle. Elle dit que la qualité d’un produit n’est pas déterminée par la fonction qui marche le mieux, mais bien par celle qui pose problème. Vous pouvez construire les plus grands stades du monde, et les plus grands théâtres d’Afrique par paquet de trois, il suffit d’une application affreuse pour détruire un projet. 

Autrement dit, pour aller vite, tant que les habitants du Haouz souffrent, la patinoire est hors sujet, et merci. Le Boualem se souvient que, dans les anciens dossiers de candidature de Coupe du Monde, la FIFA posait la question pour savoir si, dans le pays candidat, traînaient encore des véhicules à traction animale hors tourisme. Ils ne voulaient pas savoir si tu avais fait le plus grand couscous du monde, juste s’il y avait encore des cow-boys dans l’espace public qui se promenaient nonchalamment en enfourchant des quadrupèdes, un peu comme au temps des Almohades. Et dans notre cas, tout le monde connaît la réponse, hélas ! C’est tout pour la semaine, et merci.

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