[Tribune] Repenser la gouvernance au Maroc : vers un nouveau pacte territorial et générationnel

Plus de dix ans après la Constitution de 2011, le Maroc se trouve à un carrefour stratégique. Les enjeux territoriaux, sociaux et générationnels appellent à une refondation profonde de la gouvernance. Pour le spécialiste en développement territorial Hamid Ourba, un gouvernement de transition pourrait piloter la recomposition territoriale tout en intégrant pleinement la jeunesse dans la construction du futur du pays.

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Manifestation de la GenZ212 place des Nations Unies à Casablanca, le 2 octobre 2025. Crédit: Yassine Toumi/TelQuel

Un modèle de gouvernance sous tension

La Constitution de 2011 a marqué une avancée majeure : séparation des pouvoirs, reconnaissance de la société civile et promotion de la régionalisation avancée. Mais dans la pratique, la mise en œuvre reste partielle. Les chevauchements de compétences, la centralisation persistante et l’absence de mécanismes de suivi efficaces freinent l’action publique.

Les territoires connaissent encore de fortes inégalités, tandis que la jeunesse exprime un besoin croissant de participation, d’innovation et de perspectives réelles. Le décalage entre ambitions constitutionnelles et réalité institutionnelle menace la cohésion sociale et la confiance des citoyens.

Réformer sans renier

Il ne s’agit pas de remettre en cause la Constitution de 2011, mais d’actualiser son application. Le Maroc a changé : les défis économiques, sociaux et technologiques exigent une gouvernance capable de répondre aux attentes citoyennes et de garantir l’équité territoriale.

La jeunesse, moteur du changement, doit devenir un acteur central de la transformation. Les territoires, eux, doivent disposer des moyens nécessaires pour concevoir et mettre en œuvre des politiques adaptées à leurs spécificités locales. Ces deux impératifs — générationnel et territorial — constituent le cœur d’une réforme réussie.

Un gouvernement de transition pour piloter la recomposition territoriale

Face à ces enjeux, la mise en place d’un gouvernement de transition apparaît comme une solution stratégique. Sa mission : concevoir et exécuter une nouvelle recomposition territoriale, garantissant à la fois cohérence nationale et équité régionale.

Ce gouvernement pourrait :

  • Conduire un dialogue national inclusif, intégrant jeunes, société civile et collectivités territoriales ;
  • Redéfinir la carte territoriale selon des critères d’équité et d’efficacité économique ;
  • Poser les bases d’un pacte de responsabilité partagée entre État, régions et citoyens, fondé sur la subsidiarité et la redevabilité.

Vers une gouvernance équitable, proche et performante

La refondation devrait s’appuyer sur trois piliers :

  1. Clarté institutionnelle, pour une coordination fluide entre les différents niveaux de décision.
  2. Équité territoriale, pour que chaque région dispose des moyens d’un développement équilibré et durable.
  3. Inclusion générationnelle, en faisant de la jeunesse un acteur central à travers des dispositifs participatifs, innovants et entrepreneuriaux.

Un moment charnière pour le Maroc

Repenser la gouvernance n’est plus un choix : c’est une nécessité stratégique pour consolider l’État de droit et réussir le nouveau modèle de développement. Le Maroc dispose des ressources humaines et des fondements institutionnels pour franchir ce cap historique.

La mise en place d’un moment de transition, centré sur la recomposition territoriale et l’inclusion de la jeunesse, permettrait de transformer les ambitions constitutionnelles en résultats concrets. Le Maroc pourrait ainsi instaurer un pacte territorial et générationnel, fondé sur l’équité, la proximité et la performance.

La gouvernance du XXIᵉ siècle ne peut se limiter à gérer : elle doit inspirer, inclure et libérer le potentiel humain du pays, garantissant à la fois cohésion nationale et dynamisme des générations futures.

Hamid Ourba est spécialiste en développement territorial.