La Coupe du monde de l'aigreur

Par Réda Allali

Il ne vous aura pas échappé, cher lecteur, que le Maroc, comprenez son équipe nationale, vient de dominer le Niger et la Tanzanie cette semaine. À moins d’une catastrophe absurde, nous sommes donc quasiment qualifiés pour la prochaine Coupe du Monde, voici la grande information à retenir. Certes, Zakaria Boualem le sait, nous avons souvent été victimes, dans le passé, de scénarios aussi cruels qu’improbables, qui nous ont plongés dans les ténèbres.

Mais les temps ont changé, les amis : préparons-nous à participer à notre troisième Coupe du Monde d’affilée, ce n’est pas rien. Avant cette échéance mondiale, vers la fin de l’année, il faut aussi se préparer à vibrer pour une Coupe d’Afrique à la maison, jouée sur une collection de stades flambant neufs, à Rabat. Il y a donc, objectivement, de quoi festoyer. Notez bien que le Guercifi, dans sa liste de réjouissances, n’est même pas allé jusqu’à évoquer l’autre Coupe du Monde, celle de 2030, elle aussi organisée chez nous, car son cerveau se refuse à une projection aussi lointaine. Non, il veut juste en rester aux dix-huit prochains mois, pleins de promesses.

Jadis, une qualification à la Coupe du Monde précipitait les Marocains dans les rues toute la nuit. On voyait fleurir dans l’espace public des danses chatoyantes, des refrains glorieux et un irrésistible cortège de véhicules motorisés ou animaliers. Cette année, le bougre a beau scruter autour de lui, il ne détecte aucune espèce d’euphorie. Au contraire, tous les débats autour de l’équipe nationale débordent d’aigreur.

Certains expliquent qu’on va dans le mur, que nos résultats sont en trompe-l’œil. Après tout, nous avons joué tous nos matches à domicile, et notre groupe de qualification de six équipes a connu deux forfaits, comme lors d’un tournoi du ramadan. Avec des conditions aussi favorables, le véritable exploit aurait été de ne pas se qualifier, voilà la théorie des plus tatillons. Ils ont peut-être raison, mais leur raisonnement, seul, ne peut expliquer l’ambiance morose.

Il y a à peine plus de deux ans, nous étions les glorieux demi-finalistes de la Coupe du Monde, unis comme des gnous dans une fête monumentale, longue d’un mois. Depuis, le capitaine de cette équipe héroïque a été écarté, c’est la dure loi du sport. Il n’a eu droit à aucune espèce d’hommage, nous ne savons pas faire ce genre de choses, personne ne sait pourquoi. Il a été remplacé par un nouveau capitaine, écarté à son tour avec encore moins de ménagement. Résultat : il exprime son aigreur sur les réseaux sociaux. Notre sélectionneur, de son côté, s’est lancé dans une communication malheureuse qui consiste, en gros, à expliquer que personne ne comprend rien au football. Les conférences de presse sont devenues des bras de fer désagréables, malgré les bons résultats sur le terrain.

“Pendant la Coupe du Monde au Qatar, il y avait de la fraternité, des sourires, de la fierté, de la solidarité. Aujourd’hui, il y a un ton revanchard, beaucoup de mauvaises vibrations. Le Boualem est convaincu qu’on n’arrivera à rien de bon dans une ambiance aussi toxique”

Réda Allali

Il faut se souvenir de l’élan qu’il avait impulsé à l’équipe au Qatar, il avait été le moteur de cette extraordinaire épopée. Dans cette Coupe du Monde, il y avait de la fraternité, des sourires, de la fierté, de la solidarité, un sentiment d’union. Aujourd’hui, il y a un ton revanchard, des petites phrases et beaucoup de mauvaises vibrations. Vous connaissez le Boualem : c’est un homme sensible. Il est convaincu qu’on n’arrivera à rien de bon dans une ambiance aussi toxique.

En cette fin de ramadan, il en appelle donc à l’ensemble des acteurs impliqués dans cette affaire pour qu’ils retrouvent la sérénité et abandonnent cet état d’esprit. Vous pouvez trouver cela naïf, mais Zakaria Boualem pense que, pour aller loin ensemble, nous avons plus que jamais besoin d’amour, et merci.