Le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid revient sur l’Affaire Pegasus

Dans une interview au quotidien français “Le Monde”, le chef de la diplomatie israélienne estime que son pays n’est pas responsable de l’affaire du logiciel espion Pegasus, créé par l’entreprise israélienne NSO Group.

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Le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid, en visite au Maroc les 11 et 12 août 2021. Crédit: Emmanuel Dunand / AFP

En tournée médiatique auprès de différents médias européens, le ministre israélien des Affaires étrangères Yaïr Lapid est revenu sur les accusations d’espionnage à l’encontre de NSO Group, concepteur du logiciel espion Pegasus.

Dans une interview accordée au quotidien français Le Monde, il maintient que “le programme ne peut être utilisé que pour lutter contre des organisations terroristes et des crimes graves”, sans toutefois préciser si les services de renseignements marocains se seraient servis ou non du logiciel.

“Si quelqu’un a mal utilisé cette cyberarme ou a menti, il devrait être puni par la justice”

Yaïr Lapid

Nous espérons que ces termes ont été respectés”, a-t-il ajouté, avant d’expliquer qu’il s’agirait d’un “crime” si des traces de ce logiciel se trouvaient sur des appareils appartenant à des officiels. “Si quelqu’un a mal utilisé cette cyberarme ou a menti, il devrait être puni par la justice”, souligne le ministre, attendu pour prendre les rênes du gouvernement israélien à l’été 2023.

Pas une “affaire entre gouvernements”

La sortie au Monde n’est pas anodine. Le quotidien français est l’un des 17 médias internationaux qui, en juillet dernier, avaient évoqué la possibilité que les services de renseignement marocains aient eu recours à ce logiciel espion, notamment pour “surveiller des journalistes, activistes et hommes politiques” dans le royaume, mais aussi à l’étranger, dont en France.

Vue du site web du logiciel espion Pegasus fabriqué en Israël.Crédit: Joel Saget / AFP

Des “allégations” et accusations “dénuées de tout fondement” que le Maroc avait “rejetées et condamnées catégoriquement” les jours suivants, déposant plusieurs plaintes en France et en Allemagne contre différents médias et ONG. À côté des actions en justice, le royaume a également pris ses propres mesures pour prouver “l’illégalité des allégations” formulées à son encontre.

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Cette licence est très stricte”, insiste Yaïr Lapid qui maintient que “personne na écouté le téléphone du président” français Emmanuel Macron. “Nous avons exposé tout le matériel que nous avions aux autorités françaises. Et nous nous sommes assurés que chacun comprenne la différence entre une compagnie privée et une compagnie gouvernementale.

Pour le ministre israélien, il ne s’agit en aucun cas d’une “affaire entre gouvernements” ni d’une affaire dont l’enquête concerne le sien.

LIran en ligne de mire

La société spécialisée dans la vente de logiciels-espions a été placée, début novembre, sur liste noire par le département du commerce américain. Une décision qui soumet la start-up israélienne à d’importantes restrictions au motif qu’elle constitue une sérieuse menace pour la sécurité nationale des États-Unis, a annoncé le ministère américain du Commerce dans un communiqué.

Le logiciel Pegasus, vendu à des gouvernements étrangers avec l’approbation du ministère de la Défense israélienne, permet de récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distance les micros d’un smartphone.

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita (à droite) et son homologue israélien Yaïr Lapid, le 11 août 2021 à Rabat.Crédit: Fadel Senna / AFP

Mais le chef de la diplomatie israélienne, qui s’était rendu au Maroc les 11 et 12 août avant d’inviter, ce 22 décembre, son homologue marocain Nasser Bourita a faire de même, s’est exprimé à la presse européenne sur d’autres registres. Ainsi, au Monde, mais aussi au quotidien espagnol El Mundo et britannique The Telegraph, Yaïr Lapid a parlé de la menace que pouvait constituer l’Iran. “Un Iran nucléaire constitue une menace mondiale et existentielle pour Israël”, a-t-il déclaré au titre espagnol ce dimanche.

Plus tôt, au Telegraph, il avait mis en avant qu’Israël et ses alliés occidentaux devaient “constituer une menace militaire crédible pour dissuader Téhéran de se doter dun arsenal nucléaire”. “Aujourd’hui, ils (l’Iran, ndlr) enrichissent l’uranium jusqu’à 60 %”, précise-t-il au Monde. Et d’ajouter : “Il leur est très facile dès lors d’atteindre 90 %, ce qui fait d’eux presque un pays du seuil nucléaire.

L’occasion de s’exprimer également sur la question palestinienne, se déclarant à titre personnel favorable à “une solution à deux États”.