Vous justifiez de près de 25 ans d’expérience au sein de Wafasalaf. Comment le secteur du crédit a évolué lors de cette période, notamment celui du financement automobile ?
J’ai eu la chance à la fois d’observer et de vivre de profondes mutations du secteur du crédit à la consommation sur les 25 dernières années, reflets de mutations économiques, sociales, technologiques et comportementales mais aussi de réformes réglementaires.
Le quart de siècle a d’abord connu une forte croissance du crédit à la consommation et du financement automobile. Cette croissance était portée par une dynamique de demande liée à l’urbanisation, à la bancarisation et à la facilitation conséquente de l’accès au financement automobile.
En guise de démarche d’accompagnement de cette dynamique, le législateur édicte la Loi de Protection du Consommateur promulguée en 2011 ; le régulateur accompagne l’engouement au crédit à la consommation par des mesures de protection du consommateur (Offre préalable de crédit, délai de rétractation, mesures d’authentification client, défaillance….) de prévention du surendettement, de plafonnement des taux d’intérêts pratiqués et de standardisation des méthodes de vente et d’après-vente du crédit.
Sociétés spécialisées et banques sont exhortées par le régulateur à une meilleure appréhension du risque emprunteur. Le Crédit Bureau, centrale d’information et de collecte des données risques des emprunteurs voit le jour en 2009
Le marché des financeurs se structure en parallèle à travers des opérations de fusion/absorption et de création de captives nouvelles financières, rationalisent le marché qui désormais est constitué essentiellement de sociétés spécialisées affiliées à de grandes institutions financières ou à de grands groupes automobile.
Voici quelques chiffres édifiants : en 2000, les encours de financement automobile représentent 4 milliards de dirhams. Ils étaient de 10 milliards de dirhams en 2010, soit le tiers des financements crédits consommation des sociétés de crédit à la consommation. En 2019, ils grimpent à 20 milliards, soit 50% de l’encours du financement du crédit à la consommation.
Aujourd’hui, les deux tiers des encours du financement est constitué d’automobile qui devient le principal moteur de croissance du financement des sociétés de crédit à la consommation !
Dans ce contexte, Wafasalaf avec ses 38 années de présence sur le marché, s’est toujours distinguée -esprit pionnier- par une capacité à initier de nouveaux produits, de nouveaux parcours Crédit et des modèles de partenariat innovants qui ont marqué le secteur (marques blanches, gestion de captives, one stop shop dans les concessions…). Nous avons été un acteur incontournable dans le rapprochement du financement avec l’acte d’achat pour optimiser l’expérience client et développer la performance commerciale de nos partenaires distributeurs automobiles.
Quelle est votre vision du lien direct entre l’évolution du marché automobile et les sociétés de crédit ?
L’association entre le marché des ventes de véhicules et celui du financement est très forte. Elle s’est nettement développée avec le temps sur les 10 à 15 dernières années. Aujourd’hui, plus d’un véhicule neuf sur deux vendu sur le marché est financé à Crédit. Plus de 60% des encours Crédit Conso des acteurs spécialisés sont des encours de financement automobile. Ces chiffres montrent l’importance réciproque de l’activité de chaque secteur vis-à-vis de l’autre.
Notre conviction est que le parcours de financement automobile ne peut être simplement considéré comme un parcours complémentaire à celui de la vente de véhicule. Il doit être complètement intégré avec le parcours d’achat, sans rupture de chaîne. Partant d’un impératif de positionnement du client au centre des préoccupations à la fois des distributeurs auto que des providers de solutions de financement.
Cette interdépendance explique clairement l’existence de liens de partenariat entre SCC et acteurs Auto sous différents formats (Captives financières/ Partenariats de marque blanche/ Partenariats commerciaux classiques…) dans lesquels, le financement se positionne comme composante incontournable dans la stratégie commerciale et marketing du distributeur Auto.
Des impératifs de robustesse de l’expérience client (Concept One Stop Shop au sein de la concession, flexibilité de l’offre, Time to Yes…), celle du distributeur (Time to Market des offres, Time to Pay…), et celle du vendeur (Méthodes de vente, formation….) deviennent alors des conditions incontournables à une stratégie commerciale réussie.
La vision stratégique de Wafasalaf dans ce contexte repose sur un fondamental qui est celui d’accroître la valeur d’utilité du Crédit sur le marché, en facilitant aux ménages marocains et aux acteurs du tissu économique l’accès à la mobilité et en renforçant son rôle d’acteur incontournable de provider de solutions innovantes et accessibles…
Une stratégie visant :
- à consolider les acquis : universalité de couverture des segments, d’innovation produit, de niveaux de service…
- à accompagner la transition énergétique du pays avec une stratégie de « Green Financing » spécifique
- à développer l’économie circulaire (Occasion)
- et à permettre une amélioration continue de l’expérience des parties prenantes (Client/ Concession/ Vendeur) en s’appuyant sur le digital, l’IA et les accès Data.
Parlez-nous de votre parcours professionnel et universitaire et des étapes importantes qui l’ont jalonné…
Je suis diplômé de l’ISCAE, et titulaire d’un certificat d’administrateur de sociétés délivré par l’Institut Marocain des Administrateurs et l’UIR. J’ai rejoint Wafasalaf à 25 ans, après une première expérience dans une banque consœur, sans imaginer que ce serait le début d’une aventure professionnelle aussi riche, exigeante…et structurante.
24 ans plus tard, je mesure la chance que j’ai eue : celle d’avoir évolué au sein d’une entreprise en mouvement qui m’a permis d’explorer quasiment toute sa chaîne de valeur : du commercial au risque, du marketing à la stratégie, en passant par la gestion de partenariats et de projets structurants au Maroc et à l’international.
Ce parcours, je le vois aujourd’hui comme un gage de fidélité et d’engagement. Il m’a permis de prendre part à des transformations majeures : la modernisation de nos activités commerciales, l’industrialisation du risque, le déploiement de nos expertises crédit conso en Afrique, ou encore le développement de partenariats pionniers, comme la gestion pour compte pour des banques de la place ou pour des captives financières d’acteurs automobile.
Cette diversité m’a forgé une vision transversale du métier, que j’applique aujourd’hui dans mes fonctions de Président du Directoire. Mais au-delà des faits, je retiens surtout une chose : Wafasalaf a été pour moi une véritable école de la rigueur, de l’éthique, du sens des responsabilités et du collectif.
Comment décririez-vous votre style de management/leadership aujourd’hui ?
J’ai été formé chez Wafasalaf par cette culture de la transmission et de la promotion interne. C’est une fierté de constater aujourd’hui, que plus de 90 % de notre comité de direction vient de la maison. Ça veut dire que les valeurs que nous proclamons sont vraies et ce que nous transmettons fonctionne, et crée une vraie valeur durable.
Je valorise dans mon quotidien, un management de proximité, fondé sur la clarté des objectifs, l’autonomie, la progression et l’alignement collectif.
Être leader ne se décrète pas, cela se construit dans la durée, avec détermination, exigence, confiance et responsabilisation.
Enfin, j’ai toujours considéré que le rôle d’un manager est aussi d’être un repère et un exemple : quelqu’un sur qui l’on peut compter, qui agit en étant disponible, engagé et bienveillant.
Quels sont les 3 skills/qualités qui vous ont soutenu pour mener à bien votre carrière professionnelle ?
La première qualité, c’est la structure. Avoir une pensée analytique associée à une bonne organisation permet d’aborder les situations les plus complexes avec confiance. Cela m’aide à anticiper, à prioriser et à faire avancer les actions avec méthode, même dans l’urgence ou sous pression.
La deuxième, c’est l’exigence personnelle. Je suis quelqu’un de très investi et engagé. Ce que je demande aux autres, je me l’impose d’abord à moi-même. Je vise toujours un niveau de qualité élevé, et je crois au dépassement de soi comme levier de progression.
Enfin, je crois profondément à la force du collectif. Fédérer, faire adhérer, partager des valeurs…Ce sont réellement ces dimensions humaines qui font la différence à long terme.
Quel a été le plus gros challenge de votre carrière, comment vous l’avez affronté et quel a été le résultat ?
Il y en a eu plusieurs, mais tous ont un point commun : ils m’ont permis de sortir de ma zone de confort. Que ce soit en gérant des chantiers complexes, en embarquant des équipes dans des transformations profondes, ou en affrontant de nouveaux défis stratégiques…chaque étape a élargi ma vision et réaffirmé mes convictions.
Le dernier grand défi étant celui de prendre la présidence du Directoire de Wafasalaf. Dans une entreprise à laquelle je suis attaché, que je connais depuis plus de deux décennies, ce passage de relais impliquait bien plus qu’un changement de fonction : c’était une responsabilité forte, symbolique et stratégique. Il fallait non seulement maintenir le cap de performance qui fait notre force sur le marché, mais aussi intensifier notre rôle d’acteur national engagé, utile à la société, à nos clients, à nos partenaires et à nos collaborateurs.
Ce challenge, je l’ai affronté avec deux boussoles : le courage managérial, pour affirmer les choix, et donner le cap et l’humilité relationnelle, pour écouter, créer de l’adhésion et construire avec les autres. Cet équilibre m’a permis de renforcer l’impact de Wafasalaf dans le respect de son ADN.
