Elle nous a manqué, elle est de retour. À la limite du présentable, toujours aussi mal coiffée, mais de retour quand même. La Botola, on l’attend toujours avec une impatience… un peu coupable. Comme lorsqu’on attend un proche, un peu encombrant, qu’on aime malgré ses défauts. Parce que derrière ses rideaux sales et troués sur les bords, elle reste la seule scène où l’on se retrouve vraiment : nos clubs, nos chants, nos couleurs. Elle suscite un sentiment d’appartenance, avec un grand A.
On l’a dit, elle est difficile à regarder. Pratiquement rien ne fonctionne. Des clubs au bord de la faillite, des dirigeants qui gèrent au jour le jour, des matchs qu’on délocalise, des clubs SSF (sans stades fixes), des enceintes éternellement en travaux, qui accueillent pourtant tout le monde, même en milieu de semaine à 16 heures. Spécial-dédicace à l’interminable chantier du stade municipal de Kénitra. C’est qu’on reste fidèles à nous-mêmes : le Maroc à deux vitesses peut boucler les travaux du Complexe Moulay Abdellah en 17 mois et faire traîner dans les grandes longueurs (depuis 2015, ndlr) un stade aussi chargé d’histoire que celui du KAC. Pas grave, au pire, les équipes y joueront à huis clos, et tant pis pour les supporters qui n’ont que les dimanches pour vibrer.
Mais à chaque début de saison, on a envie d’y croire. Cette année encore. Avec des favoris qui marquent des buts, remportent des victoires : la Renaissance de Berkane, le Raja, le Wydad, l’AS FAR et le MAS de Fès ont fait le job pour leur entrée en lice. Malgré ses cicatrices, la Botola refuse de mourir. Elle s’entête, avec ses défauts qui la rendent si belle. Comme si les joueurs, à défaut d’être payés à temps, jouaient pour le seul salaire qu’il leur reste : la passion du ballon et l’amour d’un public qui finit toujours par revenir, même après avoir juré que c’était la dernière fois.
Pourtant, la Ligue (LNFP) insiste, bricole dans l’ombre de sa grande sœur, la FRMF, qui brille avec son organigramme, ses budgets et ses costards. Le problème, avec le bricolage, c’est qu’il suffit d’un coup de marteau au mauvais endroit, et la maison s’écroule. Or, un championnat en mode survie ne peut pas nourrir éternellement l’attachement des Marocains. Un club qui ferme boutique, c’est une mémoire qui disparaît, une flamme qui s’éteint. Un match sans public, c’est froid, morbide. Des travaux qui s’éternisent, c’est un pan d’histoire qui s’effondre.
“La Botola nous ressemble trop. On l’aime pour ses défauts, on s’y accroche parce qu’on n’a rien d’autre”
Le paradoxe est là : la Botola nous ressemble trop. On l’aime pour ses défauts, on s’y accroche parce qu’on n’a rien d’autre. Elle est à la fois la honte et la fierté d’un pays où le football est le langage de tous. Chaque semaine, elle nous agace, nous fatigue, nous fait lever les yeux au ciel. Mais il suffit d’un but pour que tout s’efface. Comme dans la chanson de Gainsbourg et Birkin, on pourrait murmurer à la Botola, “Je t’aime… moi non plus” en hommage à une relation aussi passionnelle que destructrice.
Mais si on ne sauve pas ce qu’il en reste, il ne restera bientôt plus rien à aimer de la Botola. Jusqu’ici, on a toujours pardonné. On a accepté les fermetures, les reports, les cafouillages. On a même applaudi au milieu des travaux. Mais l’amour a ses limites. Dans cinq ans, on organisera une Coupe du Monde. Beaucoup jugeront nos infrastructures, notre football international, mais beaucoup se pencheront sur notre Botola.
En attendant, on se contente de râler le vendredi, de soupirer le samedi, de se passionner le dimanche. Et de recommencer la semaine suivante.
