Le 5 septembre, Rabat a inauguré le flambant neuf stade Prince Moulay Abdellah, présenté comme le symbole de l’ambition footballistique du Maroc. Crédit: Rachid Tniouni

Entre modernité et couacs, les premiers pas du Stade Moulay Abdellah, nouveau temple du foot marocain

Le 5 septembre, Rabat a inauguré le flambant neuf stade Prince Moulay Abdellah, présenté comme le symbole de l’ambition footballistique du Maroc. La soirée a été marquée par la victoire des Lions de l’Atlas face à la sélection nigérienne, mais elle a aussi révélé des failles dans l’organisation, et confirmé les inquiétudes quant au manque de civisme des supporters. 

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Vendredi 5 septembre à la nuit tombée, le stade Prince Moulay Abdellah s’est illuminé en rouge et vert. Près de 69 000 spectateurs, drapeaux au vent, ont convergé vers le nouveau temple du football de la capitale, inauguré la veille par le prince héritier Moulay El Hassan en présence des ouvriers ayant réalisé ce relooking extrême en un temps record : dix-huit mois. Le stade était donc prêt à recevoir ses Lions, qui rêvent d’un sacre africain sur sa pelouse, le 18 janvier prochain. Commençons par faire les présentations.

Un bijou de modernité

Le regard, d’abord, se perd sur cette couronne de béton et d’acier qui domine l’entrée sud de la capitale. Elle remplace l’ancien complexe, aux tribunes usées, aux toilettes impraticables et aux coupures d’électricité parfois mémorables.

Ses 68 700 places, ses tribunes couvertes, ses sièges flambant neufs, sa pelouse hybride, rappellent que le Maroc se projette vers la CAN, mais surtout vers le Mondial 2030, car le stade Moulay Abdellah répond désormais complètement au cahier des charges de la FIFA pour abriter des quarts ou des demi-finales de la Coupe du Monde.

“Vous avez désormais un stade à la pointe de la technologie, au niveau de ce qui se fait dans les plus grands pays d’Europe”

Omar da Fonseca, consultant et commentateur beIN Sports

Les chiffres donnent le vertige. Environ 5,3 milliards de dirhams investis, et plus de 1500 ouvriers mobilisés jour et nuit durant l’été pour tenir le calendrier, nous avaient soufflé les responsables du projet lorsqu’on leur avait demandé des nouvelles du chantier. Résultat : quatre vestiaires aux normes, un centre média ultramoderne, 110 loges VIP, des salons d’accueil pouvant accueillir plus de 5000 invités, une connexion wifi généralisée, et des panneaux solaires pour fournir une partie des besoins en énergie du site.

“Vous avez désormais un stade à la pointe de la technologie, au niveau de ce qui se fait dans les plus grands pays d’Europe. Vous pouvez en être fiers, vous, les Marocains, un peuple de football”, nous glisse Omar da Fonseca, le consultant et commentateur de beIN Sports, venu spécialement pour assister à l’événement. Il a d’ailleurs suivi le match au milieu de la foule de la catégorie une. Pas de place VIP pour l’Argentin, qui voulait vivre la rencontre à 100 à l’heure.

Lors de la première soirée dans le flambant neuf stade Moulay Abdellah, des milliers de supporters se sont retrouvés coincés sur les ponts.Crédit: Rachid Tniouni

De la joie à la déception 

En ce soir d’Aïd Al Mawlid, l’ambiance est à la fête. Des familles entières, des fans venus de Salé, Casablanca, Fès, Meknès et Tanger, se sont tous rassemblés aux abords du stade, dès l’après-midi. “Je voulais que mon fils voie ça de ses propres yeux”, nous confie Karim, 42 ans, un Tanjaoui venu pour l’occasion, pendant que son fils prend des selfies. 

Et lorsque les projecteurs ont illuminé la pelouse et que l’hymne national a retenti, la magie a opéré. L’acoustique impeccable, le bruit des chaussures des Lions sur la pelouse… ces derniers ont semblé galvanisés face à une sélection nigérienne dirigée par un certain… Badou Zaki ! Leurs adversaires vite réduits à dix, les Lions de l’Atlas ont offert un récital, 5-0, comme pour bénir ce nouveau jardin. Avec la première sélection de Neil El Aynaoui, un nom qui vous dit sûrement quelque chose. Le fils du célèbre joueur de tennis a dominé le milieu de terrain, évoluant comme un poisson dans l’eau. Tandis qu’en tribune, Younès El Aynaoui, lui, avait les yeux qui brillent.

Mais l’émotion et la joie du public devant la qualification des Lions pour le Mondial 2026 ont été ternies par le manque de civisme des spectateurs. A la fin du match, la pelouse a ainsi été envahie par des supporters, vite arrêtés. 

@zeynabenbrahim « Welcome to the newest stadium in Morocco » 1 piece of stairs for 70 000 ppl.. got some work to do before the world cup … #moroccofootball ♬ Ahlelele Ahlelas Scary – bariszortik

Surtout, de sérieux couacs au niveau de l’organisation ont gâché la soirée. Deux grands parkings, l’un au nord, l’autre au sud, étaient censés fluidifier l’arrivée des véhicules. Quant aux piétons, deux ponts devaient canaliser leur flux. Mais après le match, ces infrastructures se sont transformées en goulots d’étranglement. Des milliers de supporters s’y sont retrouvés coincés. La traversée des ponts, en particulier, évoquait davantage un mouvement de foule qu’une sortie ordonnée. Les moins patients ont commencé à sauter les barrières, créant des mouvements de panique. 

Zéro pointé, également, pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Cette première nuit leur a laissé le goût amer d’une promesse non tenue. Dans une vidéo qui a fait le tour du Web, un internaute en fauteuil roulant raconte son calvaire : rampes escarpées, signalétique confuse, manque de personnel d’accompagnement… Les fauteuils roulants ont dû être portés par des proches ou par des spectateurs bénévoles.

Quand les personnes à mobilité réduite ont réussi à accéder à leurs places “réservées”, elles les ont parfois trouvées occupées par des supporters cherchant le meilleur angle pour prendre un selfie. D’ailleurs, il y a eu beaucoup de selfies. Trop. Certains supporters étaient là parce que c’était “the place to be”, pas pour encourager les Lions. Les “siir, siir, siir” entendus au Qatar ont laissé place aux crépitements des flashs. Le stade manquait de ferveur. Quand au placement, il faudrait également revoir la position de quelques places assises, où la visibilité est carrément masquée.

Une répétition générale

Mais cette soirée inaugurale n’était qu’une répétition générale. Les accès devront être désengorgés, le personnel devra être mieux formé, plus aimable avec les spectateurs. La signalétique renforcée, le public sensibilisé. Et tout ça avant le 21 décembre, quand le stade Moulay Abdellah accueillera le match d’ouverture de la CAN 2025, avant d’abriter la finale, le 18 janvier 2026. Un test grandeur nature avant le Mondial 2030.

Plus qu’un stade, c’est un temple. Une vitrine des ambitions du Maroc et de sa capacité à bâtir un stade ultramoderne en un temps record. Mais aussi de ses contradictions, et de la difficulté à instaurer une organisation et une culture du civisme à la hauteur de l’enjeu. Rabat a désormais son temple du football. Reste à le faire vivre avec fierté, dignité, honneur et discipline.

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