Le Boualem est ému, et c'est rare : viva Bounou !

Par Réda Allali

Il aligne des performances phénoménales sans jamais perdre le sourire. Il ne profite jamais d’une parade pour pourrir ses coéquipiers, comme c’est la tradition chez nous. C’est peut-être le plus grand sportif de notre histoire : viva Bounou ! 

C’est officiel, les amis : vous pouvez vaquer à vos occupations. Ceux qui veulent aller barboter dans un océan, une piscine ou un marécage sont invités à s’y rendre dans les plus brefs délais. Les autres aussi, qu’ils fassent ce qu’ils ont à faire, dispersez-vous s’il vous plaît, la fête est terminée. Vous pouvez construire le Maroc Moderne avec panache si vous en avez les moyens et le temps, ou juste essayer d’éviter le naufrage des finances de votre foyer, c’est vous qui savez.

“Nous avons perdu, nous rentrons chez nous, donc, dignement, après que 40 équipes ont plié leurs bagages avant nous, c’est une performance”

Réda Allali

Si vous êtes directeur financier, par exemple, vous pouvez reprendre votre activité, qui consiste comme chacun sait à ne pas payer vos créanciers avant qu’ils ne s’immolent par le feu. Occupez-vous de vos enfants, jouez aux boules, cuisinez ou faites ce qui vous passe par la tête, car elle est désormais libérée de cette obsessionnelle Coupe du Monde.

Nous avons perdu, les amis. Et parmi les nombreuses raisons qui peuvent expliquer une défaite au football, celle que Zakaria Boualem retient aujourd’hui est la suivante : nous sommes tombés sur plus fort que nous, tout simplement. Oui, il s’agit d’un sport, après tout, et il est bon de rappeler que la défaite logique existe.

à lire aussi

Au passage, cette attitude évite de sombrer dans le grotesque, et c’est très important en ces temps baroques. Nous n’avons chargé aucun joueur de se jeter sur le point de penalty pour y exercer quelque obscure diablerie dans une posture biscornue pendant de longues minutes, sans le moindre résultat probant d’ailleurs. Nous n’avons pas non plus estimé nécessaire d’agresser les joueurs adverses en hurlant au complot, à la corruption, au racisme, le tout en même temps s’il vous plaît, pour nous dédouaner de notre échec. Et même parmi nos braves parlementaires, eux qui ne fréquentent la mesure et la raison qu’avec parcimonie, oui, même dans  leurs rangs, il ne s’en est trouvé aucun pour insulter le meilleur joueur de l’équipe adverse, et se lancer dans une ridicule joute à distance.

Ce n’est pas fini, s’il vous plaît, n’interrompez pas le Boualem, car il est lancé. Aucun de nos dignitaires politiques n’a embarrassé ses propres supporters en faisant supprimer un carton rouge à coups de sortage des yeux, voilà. Nous avons perdu, nous rentrons chez nous, donc, dignement, après que 40 équipes ont plié leurs bagages avant nous, c’est une performance.

“Il aligne des performances phénoménales sans jamais perdre le sourire. Il ne profite jamais d’une parade pour pourrir ses coéquipiers, comme c’est la tradition chez nous. C’est peut-être le plus grand sportif de notre histoire : viva Bounou !”

Réda Allali

Et la suite de cette chronique, le Boualem voudrait la consacrer au véritable héros de cette génération. Ne lui en voulez pas pour la structure des phrases précédentes, car il est ému. Il voudrait glorifier un homme qui a, pendant des années, aligné des performances phénoménales, surnaturelles, sans jamais perdre le sourire. Un gars qui, au moment où chaque habitant de la planète a décidé de se transformer en directeur de com’ de son propre nombril, semble venir d’un temps disparu. Il ne profite jamais d’une parade pour pourrir ses coéquipiers, comme c’est la tradition chez nous.

Donner l’impression d’être là pour rattraper les conneries des autres, et le faire de mauvaise grâce, ce n’est pas son style. Le sien, au contraire, c’est de balancer des déclarations mythiques sur le même ton que celui de ton pote de quartier, voilà comment il nous parle. Il n’est pas seulement le meilleur footballeur du pays, il est peut-être le plus grand sportif de notre histoire, car jamais personne n’a reçu de telles vagues de gratitude et de bénédiction de la part de plusieurs millions de personnes, et ce plusieurs fois par mi-temps. Voilà, viva Bounou ! Et surtout, merci, vraiment.

à lire aussi