Fixation des prix des médicaments : les pharmaciens dénoncent une concertation factice

Une réforme sensible s'apprête à franchir une nouvelle étape institutionnelle. Du côté de la profession, le ton est à l'indignation et aux mises en garde.

Par

Rachid Tniouni

Le dossier de la fixation des prix des médicaments connaît un nouveau rebondissement. La Confédération des syndicats de pharmaciens du Maroc (CSPM) a fait part, dans un communiqué diffusé le 7 juillet, de son « étonnement » et de son « indignation » après l’inscription à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement du projet de décret modifiant et complétant le décret n° 2.13.852, relatif aux conditions et modalités de fixation du prix de vente des médicaments fabriqués localement ou importés.

Pour l’organisation syndicale, cette programmation confirme une orientation déjà redoutée : celle d’un ministère de la Santé et de la Protection sociale décidé à avancer sans réelle association des professionnels du secteur, en marge des principes de bonne gouvernance pourtant inscrits dans la Constitution.

La CSPM rappelle avoir pris part à quatre réunions officielles avec le département d’Amine Tehraoui et y avoir présenté une note détaillée, porteuse de propositions qu’elle qualifie d’« équilibrées ». Selon elle, ce travail n’a débouché sur aucune inflexion du texte gouvernemental.

Un dialogue resté lettre morte

Dans sa note, la Confédération affirmait chercher un point d’équilibre entre deux impératifs : la nécessité de revoir à la baisse le prix de certains médicaments dans l’intérêt du patient, et la préservation d’un réseau officinal qu’elle décrit comme économiquement fragile. Elle proposait notamment de conditionner toute nouvelle baisse tarifaire à des mesures d’accompagnement destinées à stabiliser le secteur et à corriger les déséquilibres hérités du décret de 2013.

Comme relayé par TelQuel en avril dernier, la CSPM alertait déjà sur un risque de faillite pour des milliers d’officines en cas d’application de ce nouveau texte, évoquant la crainte que des industriels retirent du marché marocain certains médicaments jugés insuffisamment rentables au regard des prix imposés.

Trois mois plus tard, le constat dressé par le syndicat n’a pas varié. Il affirme que le ministère a maintenu, d’une réunion à l’autre, la même version du projet, sans intégrer aucune des propositions formulées par les différents intervenants. La Confédération y voit la preuve que les concertations engagées relevaient davantage de la forme que du fond, sans réelle volonté d’associer la profession à l’élaboration de la politique publique du médicament.

Un ministère jugé responsable

La CSPM rappelle qu’elle n’en est pas à sa première alerte sur ce dossier. Elle avait déjà organisé, le 9 septembre 2025, un rassemblement devant le siège du ministère de la Santé pour dénoncer l’absence de gouvernance dans la conduite des réformes touchant l’avenir du secteur pharmaceutique, plaidant pour des réformes globales plutôt que pour des mesures jugées ponctuelles.

Le communiqué va plus loin dans la mise en cause du ministère, présenté comme devenu la première menace pesant sur la stabilité du secteur, en raison de l’adoption de décisions unilatérales qui, selon la Confédération, ne tiennent pas compte de la fragilité de milliers d’officines ni du rôle de ces dernières dans l’accès des citoyens au médicament.

La CSPM annonce qu’elle tiendra le ministère de la Santé et de la Protection sociale pour pleinement responsable des conséquences que pourrait avoir l’adoption de ce texte sur la stabilité des pharmacies et sur la sécurité pharmaceutique nationale, imputant cette situation à ce qu’elle qualifie de réformes imposées sans réelle prise en compte des conclusions du dialogue mené avec la profession.

La Confédération appelle enfin l’ensemble des pharmaciens à se mobiliser autour de leur structure syndicale et affirme qu’elle continuera de suivre ce dossier de près, se réservant la possibilité de nouvelles initiatives selon l’évolution du texte au Conseil de gouvernement.

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