Décret sur le prix des médicaments : la Confédération des syndicats des pharmaciens dénonce son adoption

La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc a réagi à l'adoption, par le Conseil de gouvernement réuni le mercredi 22 juillet 2026, du projet de décret n° 2.25.631, qu'elle dit avoir appris "avec regret et étonnement", dénonçant le fait que ses observations et propositions aient été "totalement" ignorées.

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La loi sur les prix des médicaments prévoit leur révision tous les cinq ans, mais n’est que rarement respectée par le ministère. Crédit: AFP

Dans un communiqué, l’organisation réaffirme son « adhésion de principe à toute réforme visant à réduire le prix des médicaments coûteux, à faciliter l’accès des citoyens aux soins et à garantir la pérennité des caisses d’assurance maladie ». Elle exprime toutefois sa « profonde inquiétude » face à la méthode employée par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, pointant l’absence d’une « véritable démarche participative » et dénonçant son éviction du dialogue, qu’elle juge « peu respectueuse des votes de 14.000 pharmaciens ».

Un décret accusé de reproduire les failles de 2013

La Confédération estime que les modifications introduites par ce texte « ne corrigent pas les dysfonctionnements structurels engendrés par le précédent décret de 2013 » et risquent au contraire de les aggraver, à travers quatre points principaux :

– la poursuite des ruptures d’approvisionnement et le retrait des médicaments à bas prix du marché national ;
– l’affaiblissement de la souveraineté pharmaceutique nationale, la contribution de la production nationale à la couverture des besoins étant « passée d’environ 80 % à près de 50 % » ;
– des mécanismes de baisse des prix jugés insuffisants pour le pouvoir d’achat des citoyens, mais profitant « davantage à certains laboratoires et aux organismes d’assurance » ;
– la fragilisation des pharmacies nationales, faute de mise en œuvre des recommandations du Conseil de la concurrence sur de nouveaux services de santé en officine.

 Une gestion du dossier jugée politique

L’organisation dénonce une « absence de vision globale et de bonne gouvernance » dans la conduite de la réforme, et s’interroge sur le fait que « des considérations d’ordre politique, liées au contexte électoral » aient prévalu sur une approche institutionnelle équilibrée.

Elle dresse un bilan « décevant » du ministère de la Santé sur la réforme du secteur officinal en fin de mandat gouvernemental, affirmant qu‘ »aucun des chantiers structurels attendus n’a été concrétisé » malgré « réunions, mémorandums, correspondances et promesses ».

La Confédération tient le ministère et le gouvernement « pleinement responsables, sur les plans politique et administratif », des conséquences du décret, rappelant que le rapport du Conseil de la concurrence de 2021 relevait qu' »environ 50 % des pharmacies marocaines se trouvent dans une situation économique difficile ». Elle affirme n’avoir reçu « aucune réaction » du Chef du gouvernement malgré plusieurs correspondances.

Un appel à la révision du décret

La Confédération réaffirme son engagement à défendre « le droit des citoyens à accéder à des médicaments disponibles à un prix abordable », ainsi qu’« une pharmacie nationale forte et durable » et une industrie pharmaceutique marocaine renforçant « la souveraineté sanitaire du Royaume ». Elle appelle à « une révision effective de ce décret dans le cadre d’un dialogue sérieux et responsable ».

Le communiqué est signé par le président de la Confédération, Dr Mohamed Lahbabi, et daté du 27 juillet 2026 à Rabat.

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Rappel : ce que change le décret

Le décret n° 2.25.631 modifie et complète le décret n° 2.13.852 du 18 décembre 2013 relatif à la fixation du prix de vente au public des médicaments. Il introduit notamment une nouvelle méthode de calcul : pour les médicaments dont le prix fabricant hors taxes (PFHT) dépasse 300 dirhams, la fixation se fera sur la base du prix le plus bas observé dans les pays de comparaison ; en dessous de ce seuil, c’est la moyenne des prix étrangers qui sera retenue.

Le texte abaisse également la majoration appliquée aux médicaments importés, qui passe de 10 % à 2,5 %, renforce l’encadrement des génériques et biosimilaires par rapport aux médicaments princeps, et réduit la périodicité de révision des prix de cinq à trois ans. Une révision transitoire des prix des médicaments déjà commercialisés est par ailleurs prévue dans les douze mois suivant l’entrée en vigueur du texte.

Interrogé par TelQuel, Hamza Guedira, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, avait déclaré : « Je comprends les raisons qui ont poussé le gouvernement à adopter ce décret, notamment la baisse des prix des médicaments et la veille sur l’équilibre financier de l’Assurance maladie obligatoire. Les pharmaciens d’officines ne se sont jamais opposés à la baisse des prix des médicaments. Toutefois, il fallait intégrer des mesures d’accompagnement en faveur des pharmaciens leur permettant de maintenir leurs équilibres financiers, de répondre à leurs charges, et de pallier le manque à gagner après d’éventuelles baisses des prix des médicaments ».