L’œuvre appartient à la période que les spécialistes considèrent comme celle de l’accomplissement du peintre marocain — le moment où le Signe s’impose comme fondement de toute sa recherche. Chez Cherkaoui, les signes ne décrivent pas : ils existent.
Puisés dans un répertoire profondément marocain — tatouages, motifs textiles, symboles protecteurs — ils se réinventent sur la toile comme des entités autonomes, ni narratives ni décoratives, chargées d’une mémoire à la fois intime et collective.
Signes au ciel porte bien son titre. Le « ciel » n’est pas un motif peint mais un espace : un champ ouvert où les formes, tantôt denses, tantôt évanescentes, flottent et se répondent dans ce qu’Ader décrit comme « une écriture en apesanteur ». La matière picturale, travaillée avec intensité, donne à ces signes une présence vibrante sans jamais dissiper leur part de mystère.
L’œuvre a une histoire. Présentée dès 1964 à la Galerie Jeanne Castel à Paris, dans un catalogue préfacé par le critique Gaston Diehl, elle avait déjà été saluée pour ce qu’elle représentait : non pas une déclinaison des courants occidentaux, mais une langue picturale propre, universelle dans sa forme, marocaine dans ses racines.
Cherkaoui est mort en 1967, à 32 ans.
