Le Maroc s’affiche depuis plusieurs années comme un modèle régional en matière de gouvernance migratoire. Depuis la Stratégie nationale sur l’immigration et l’asile de 2014, le Royaume a régularisé des milliers de migrants subsahariens et adhéré à plusieurs cadres internationaux, dont le Pacte mondial pour les migrations et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Pour autant, les perceptions marocaines des immigrants et réfugiés sont mitigées mais tendent vers une acceptation prudente, selon l’enquête Afrobarometer réalisée en février 2024 auprès de 1 200 adultes.
L’impact économique des immigrés, négatif pour 21% des Marocains
Ainsi, plus d’un tiers (36%) des répondants affirment que les travailleurs étrangers contribuent positivement à l’économie marocaine, tandis que 21% jugent leur impact “assez mauvais” ou “très mauvais”. Une majorité (43%) des répondants restent neutres quant à la valeur économique apportée par les immigrants, se classant dans les catégories “ni bien ni mal” ou “ne sait pas”. Même parmi les citoyens les plus instruits et les plus aisés, 38% ne prennent pas position sur cette question, note le rapport.
La plupart des Marocains affichent une attitude tolérante envers les immigrés. Plus des trois quarts (78%) déclarent qu’ils sont indifférents ou qu’ils aimeraient avoir des travailleurs étrangers ou des immigrés comme voisins, tandis que seulement 22% n’en seraient pas ravis.
Une majorité bien plus faible (56%) de Marocains expriment leur tolérance envers les réfugiés, tandis que près de quatre répondants sur 10 (39%) n’aimeraient pas avoir des réfugiés comme voisins.
La tolérance envers les immigrants et les réfugiés est nettement plus élevée chez les Marocains occupant un emploi à temps plein que chez ceux qui occupent un emploi à temps partiel, ceux qui sont à la recherche d’un emploi ou sont inactifs, ce qui suggère que la stabilité économique personnelle pourrait être corrélée à une plus grande ouverture aux étrangers, souligne le rapport.
De même, les Marocains les plus aisés expriment une plus grande tolérance envers les deux groupes que les citoyens connaissant des niveaux de pauvreté faible, modérée ou élevée. Les jeunes affichent également des niveaux de tolérance plus élevés envers les deux groupes que leurs aînés.
Les habitants des zones rurales sont ceux qui font preuve de la plus faible tolérance envers les réfugiés (47%), même si leur acceptation des travailleurs étrangers est comparable à celle des citadins. Les femmes sont un peu moins accueillantes envers les réfugiés que les hommes (53% contre 59%), tandis que leurs opinions sur les travailleurs étrangers sont presque identiques.
Enfin, malgré une tolérance personnelle significative, de nombreux Marocains s’opposent à l’expansion de l’immigration. Plus de la moitié (51%) estiment que le gouvernement devrait réduire le nombre de demandeurs d’emploi étrangers admis dans le pays (45%), voire supprimer complètement cette immigration (6%), tandis que 38% disent qu’il n’en faut ni plus ni moins. Une majorité plus large (60%) réduiraient (51%) ou interdiraient (9%) l’entrée des réfugiés.
