Plus de 42 % des jeunes Marocains rêvent d’émigrer, selon une étude du Centre marocain de la jeunesse

Jeunes, GenZ212 Crédit: Yassine Toumi

Entre désir de départ et attachement au pays, la jeunesse marocaine est divisée : 42,6 % envisagent l’émigration face au chômage et aux inégalités, révèle une étude du Centre marocain de la jeunesse.

Une étude du Centre marocain de la jeunesse et des transformations démocratiques révèle que 42,6 % des jeunes Marocains souhaitent quitter le pays, contre 42,1 % qui ne l’envisagent pas et 15,4 % encore indécis. Ce résultat met en lumière une réalité contrastée : l’émigration apparaît comme un horizon attirant pour une large part de la jeunesse, sans pour autant effacer la confiance relative d’une autre partie dans l’avenir du pays.

Le chômage, moteur principal du désir d’ailleurs

Selon Al3Omk, la principale cause invoquée par les jeunes est le chômage et la précarité de l’emploi, cités par 90,4 % des sondés. Les diplômés de l’enseignement supérieur sont les plus touchés, d’après le rapport 2024 de l’OCDE, qui souligne le manque d’adéquation entre la formation et les besoins du marché. Dans ce contexte, l’émigration devient une échappatoire logique pour ceux qui ne trouvent pas leur place dans un marché du travail saturé.

Les données du Haut-Commissariat au Plan rappellent toutefois que vouloir partir ne signifie pas pouvoir le faire : les parcours migratoires restent contraints par les conditions légales, financières et géopolitiques. Le Maroc est désormais à la fois pays de départ, de transit et de réinstallation, reflet d’une réalité migratoire complexe.

Services publics et inégalités territoriales en ligne de mire

En deuxième position, 65,5 % des jeunes pointent la faiblesse des services sociaux et de santé. Pour beaucoup, la qualité des soins et de l’éducation représente un indicateur essentiel du bien-être. Les difficultés d’accès à des services de base alimentent la perception qu’“ailleurs”, la vie serait plus stable et plus digne.

Le système éducatif arrive ensuite, cité par 39,7 % des répondants. L’école, censée être un tremplin vers l’avenir, est perçue comme un espace saturé et inadapté au marché du travail. Cette perte de confiance dans la valeur de la formation locale pousse de nombreux jeunes à envisager un parcours académique ou professionnel à l’étranger.

Plus de 55 % des sondés évoquent également l’absence de justice territoriale et de développement local. Les écarts entre les régions, notamment entre zones rurales et urbaines, se traduisent en inégalités d’accès à l’emploi et aux infrastructures. Les jeunes des zones périphériques voient souvent l’émigration comme la seule voie vers la mobilité sociale.

L’étude rappelle par ailleurs que les facteurs environnementaux, tels que la sécheresse et le stress hydrique signalés par la Banque mondiale (2022), accentuent la précarité économique dans le monde rural, contribuant eux aussi à nourrir la tentation du départ.

Une partie de la jeunesse garde confiance

Malgré tout, 42,1 % des jeunes affirment ne pas vouloir quitter le Maroc. Cette part non négligeable traduit une confiance relative en la possibilité d’améliorer la situation à travers les réformes, les programmes sociaux et la solidarité familiale.

Les destinations privilégiées restent le Canada et l’Europe de l’Ouest, où les jeunes recherchent de meilleures conditions économiques, éducatives et sanitaires. Selon l’OIM, ces choix s’expliquent par les écarts salariaux, la présence de diasporas marocaines et la proximité linguistique et culturelle.

Enfin, près de 30 % des répondants lient leur envie d’émigrer à une quête de liberté individuelle et sociale, marquant une évolution des mentalités. Pour eux, partir, c’est aussi chercher un espace d’expression personnelle, plus ouvert sur le monde.

L’influence des amis et proches établis à l’étranger, mentionnée par 36,8 % des jeunes, agit comme un catalyseur : les récits de réussite et les réseaux diasporiques entretiennent l’idée d’un avenir meilleur au-delà des frontières.

En somme, cette étude confirme que l’émigration est devenue un miroir des fractures sociales et économiques du Maroc, mais aussi un révélateur d’un besoin de reconnaissance, d’équité et d’espoir parmi les nouvelles générations.

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