83% des morts à Gaza sont des civils, les chiffres qui font exploser la propagande israélienne

Une base de données classifiée de l'armée israélienne consultée par le journaliste Yuval Abraham indique que sur les 53.000 morts recensés à Gaza entre le 7 octobre 2023 et le mois de mai 2025, 8.900 sont des combattants identifiés par l'armée israélienne, soit 17%. Laissant mourir sous leurs balles 83% de civils.

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Photo prise à Gaza le 7 janvier 2024. Crédit: Ismael Abu Dayyah

Cinq sur six. C’est le ratio de civils tués par combattant palestinien abattus par l’armée israélienne à Gaza depuis le début de son opération génocidaire menée dans l’enclave palestinienne jusqu’en mai dernier, révèle une enquête conjointe des médias +972, The Guardian et Local Call.

Tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se gargarise encore et toujours de mener une guerre propre, “pour l’humanité”, cette nouvelle enquête met Tel Aviv devant ses mensonges : si guerre il y a, elle est menée contre les civils palestiniens.

Ce n’est pas la première fois qu’une investigation met en lumière la surreprésentation des victimes innocentes de Tsahal à Gaza. Le 8 novembre 2024, l’ONU révélait que sur 8.119 Palestiniens tués par l’Israel Defense Force (IDF) entre novembre 2023 et avril 2024, 70% étaient “des femmes et des enfants”.

Un ratio génocidaire

Le ratio de 83% de civils tués contre 17% de combattants s’étale du début des représailles de l’armée israélienne après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 jusqu’au mois de mai 2025. Il concerne l’ensemble de l’enclave palestinienne. Un tel taux est extrêmement élevé pour une guerre moderne, note le quotidien britannique The Guardian, “même pour des conflits connus pour tuer de façon indiscriminée”.

Au Soudan, la guerre civile qui fait rage depuis deux ans et dont la violence envers les populations civiles a atteint de graves extrémités est la cause du décès direct de 18.900 civils, notait l’ONU en février dernier, sur un nombre de morts estimés par la même entité à 150.000 personnes. Un ratio de 12,5% de civils tués.

Néanmoins, si ces chiffres sont éloquents par la comparaison avec les massacres commis par l’armée israélienne à Gaza, ce ratio soudanais est à manier avec précaution tant le chaos qui règne dans le pays empêche une comptabilisation correcte des victimes de la guerre civile. À titre d’exemple, en citant la base de données Uppsala Conflict Data Program, The Guardian évoque lui un pourcentage de 47% de civils tués.

Pour atteindre des chiffres comparables avec ceux fuités des bases de données de l’IDF, il faut évoquer le massacre de Srebrenica (Bosnie, juillet 1995, 92% de civils tués) ou la bataille de Mariupol (Ukraine, février-mai 2022, 95% de civils tués). Néanmoins, ces évènements sont localisés et peu étalés dans le temps. Pour évoquer des chiffres comparables sur une territoire important et une période longue, le seul évènement récent qui se rapproche en termes de ratio de civils tués par militaires abattus est le génocide rwandais (1994, 99% de civils tués).

Un coup porté à la propagande

En plus de confirmer que l’armée israélienne est consciente, via sa propre base de données, du massacre qu’elle commet sur le terrain, l’enquête montre par les chiffres l’imposture de la propagande israélienne. Si l’on en croyait le discours du gouvernement, l’IDF serait parvenue à tenir, comme s’en félicitait Benjamin Netanyahu en septembre 2024, “le ratio de civils tués par combattant abattu le plus bas de l’histoire des guerres modernes en milieu urbain de 1 pour 1”. Il mettait par ailleurs en avant le chiffre de 17.000 à 18.000 membres du Hamas tués par Tsahal, démenti par la divulgation des chiffres de l’armée israélienne (8.900).

Par ailleurs, l’enquête met en lumière la façon dont la manipulation des chiffres est opérée par l’IDF. Si un nombre bien moins important qu’annoncé de combattants du Hamas tués est comptabilisé, c’est que “les victimes sont promues au rang de terroriste après leur mort”, affirme aux journalistes ayant mené l’enquête une source qui accompagne l’armée israélienne sur le terrain. “Ils mentent non-stop”, leur déclare le général israélien à la retraite Itzhak Brik à propos des autorités militaires et civiles. Ce dernier qualifie la communication de l’IDF gérée par le général Daniel Hagari de “plus grand bluff de l’histoire d’Israël.”

En contradiction avec la propagande de “guerre propre” menée par Tel Aviv, les journalistes ayant mené l’enquête rappelle la fuite d’un document audio dans lequel on entend l’ancien directeur d’Aman (renseignement militaire) demander à ce que “50 Palestiniens meurent” pour chaque Israélien tué le 7 octobre, “peu importe s’il s’agit d’enfants (…) ce sera un message pour les générations futures”.

Plus surprenant, la réaction de l’armée a changé à mesure que l’enquête avançait. Leur première réaction à la fin du mois de juillet fut de souligner qu’un large éventail de sources est nécessaires pour établir la réalité des chiffres sur le terrain – ne niant donc pas les chiffres avancés par les enquêteurs. Trois semaines plus tard, elle affirme que les chiffres avancés par les journalistes sont faux, “et ne correspondent pas aux données de l’IDF”.

L’autre coup porté à la propagande du gouvernement par l’enquête est le nombre de combattants du Hamas effectivement tués : 8.900. Tandis que Benjamin Netanyahu justifie son attaque de Gaza par l’éradication du mouvement palestinien, ces derniers auraient donc gagné en nombre de soldats depuis le 7 octobre. C’est ce que suggère l’enquête qui rappelle qu’une note des renseignements états-uniens estime qu’entre 10.000 et 15.000 combattants ont été recrutés par le Hamas entre octobre 2023 et janvier 2024.

Au sein même d’Israël, l’enquête journalistique pourrait mettre en péril le gouvernement tant le bilan militaire passe à côté de ses objectifs, tant les dépenses coûtent à l’économie du pays – dont le PIB a reculé de 3,5% au deuxième trimestre 2025 –, et tant l’image d’Israël sur la scène internationale s’est dégradée depuis le début de leur guerre génocidaire.

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