En début de semaine, une rencontre politique a eu lieu à la fondation Fqih Tetouani à Salé, avec la présence de quatre présidents de groupes parlementaires, représentant la majorité (PAM et Istiqlal) et l’opposition (PPS et PJD). Les échanges ont été courtois et intenses – la preuve qu’il y a encore une place pour un débat politique crédible et que, parmi nos parlementaires, existent encore des élus capables de tenir un discours cohérent et articulé.
Puis vint la question polémique, censée diviser tout le monde : “Que pensez-vous d’une possible arrivée de Fouzi Lekjaa au PAM ?”. Alors que l’assistance, dont je faisais partie, s’attendait à une passe d’armes entre les participants et à de grandes envolées lyriques sur “le processus démocratique” et “la main de l’État dans l’orientation des élections”, on a assisté à un non-débat. Il y a eu unanimité pour saluer les qualités personnelles et politiques de Fouzi Lekjaa, et même lui souhaiter bonne chance s’il était appelé à diriger le prochain gouvernement. Évidemment, les intervenants ont insisté sur la capacité de leur parti à remporter les élections et disposer des personnalités nécessaires pour diriger l’Exécutif, mais personne n’a remis en cause le principe même de son arrivée au PAM, ni le fait que son nom circule déjà pour la primature.
Cette posture s’explique par différentes raisons. Il y a tout d’abord, en creux, un rejet total de Aziz Akhannouch, actuel Chef du gouvernement et –véritable– patron du RNI. Dans la majorité comme dans l’opposition, à quelques rares exceptions, personne ne souhaite voir ce dernier remporter les élections de septembre prochain. Chacun pour ses propres raisons, mais cette unanimité n’est pas étonnante. Le retour en force d’Akhannouch, qui tente de mobiliser ses troupes et de rassurer ses députés, est vu par les autres partis comme un défi que seul Fouzi Lekjaa peut relever.
“Ces derniers jours, on a vu, notamment dans le sud du pays, comment le PAM a récupéré une pelletée d’élus et de notables, dont certains étaient encore étiquetés RNI ou Istiqlal il y a quelques semaines”
L’éventuelle arrivée de ce dernier est un cauchemar pour le RNI et son leader. Ces derniers jours, on a vu, notamment dans le sud du pays, comment le PAM a récupéré une pelletée d’élus et de notables, dont certains étaient encore étiquetés RNI ou Istiqlal il y a quelques semaines. L’effet Lekjaa y est pour quelque chose. C’est le patron du football national, mais surtout le puissant ministre chargé du Budget. Et c’est la deuxième raison derrière l’adhésion des élus, qu’ils siègent dans la majorité ou l’opposition. Au fil des années, il a su tisser des liens politiques et personnels avec toutes les composantes du parlement. Les députés louent notamment sa capacité de communication et sa disponibilité dans les séances de travail. On devine également qu’à la tête d’un département aussi stratégique, il est sans cesse sollicité pour régler tel dossier, débloquer tel crédit budgétaire… Créant autant d’intérêts et de craintes. Et il n’y a que cela de durable.
