La longue agonie d’un gouvernement impopulaire

Par Abdellah Tourabi

Cette semaine, nouvel épisode de la longue et lente déchéance du gouvernement actuel. L’Istiqlal et le PAM, deux partis de la majorité gouvernementale, ont rejoint l’appel des partis de l’opposition pour former une commission d’enquête parlementaire sur les importations de bétail et de viande rouge, dans l’affaire dite des “frakchiyas” (l’ancienne appellation des voleurs de bétail). Le RNI a refusé de se joindre à cette initiative et se retrouve désormais isolé sur l’échiquier politique. Cette commission n’a aucune chance d’aboutir à quoi que ce soit : le mandat du parlement se termine dans quatre mois, et il faut au moins un mois pour la mettre en place.

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S’agit-il d’une manœuvre politicienne et électorale ? La réponse est oui. Tous les partis, y compris au sein de la majorité, tentent de récupérer les bénéfices politiques de la colère populaire suscitée par la gestion calamiteuse de l’Aïd El Kébir et le scandale des subventions et exonérations accordées à une poignée d’importateurs. Le RNI est le bouc émissaire et l’ennemi désigné de cette initiative, en raison de sa gestion de l’agriculture. Ce secteur, présenté depuis des années comme le modèle du savoir-faire gestionnaire de Aziz Akhannouch, devient l’incarnation de l’incompétence de son gouvernement et de l’économie de rente au Maroc.

“Tous les partis, y compris au sein de la majorité, tentent de récupérer les bénéfices politiques de la colère populaire suscitée par le scandale des subventions et exonérations accordées à une poignée d’importateurs”

Abdellah Tourabi

Mais au-delà de ces considérations, la création de cette commission d’enquête marque un nouveau moment de la longue agonie du gouvernement actuel. On peut situer le début de cet effondrement en septembre dernier, avec les manifestations de la Génération Z, qui ont démontré la fragilité de ce gouvernement et l’impopularité de son chef.

L’édifice s’est avéré trop bancal et il aura suffi de quelques jours de manifestations pour que la solidarité gouvernementale explose en plein vol. Le chef de l’Exécutif s’est retrouvé seul, sans soutien politique, sur un bateau abandonné par ses alliés. S’ensuit alors une lente descente aux abîmes de l’impopularité, alimentée par la succession des scandales et l’incapacité à communiquer avec l’opinion publique.

L’Aïd El Kébir a été un moment de vérité. Non pas parce qu’il a révélé quelque chose d’inconnu, mais parce qu’il a rendu visible, de manière brutale et populaire, ce que les observateurs savaient depuis longtemps : ce gouvernement a perdu toute assise populaire et politique.

Quand des millions de familles ne peuvent plus accéder au rituel le plus ancré dans l’identité collective marocaine, et que les responsables de cette situation continuent de parler de “régulation du marché” et d’évoquer l’accès de leur entourage au mouton de l’Aïd, c’est que le fossé entre gouvernants et gouvernés est devenu un abîme.

“La solidarité gouvernementale suppose un projet commun, un brin de popularité et des bénéfices politiques à tirer de l’expérience actuelle. Or, rien de tout cela n’existe”

Abdellah Tourabi

La majorité, elle, n’existe plus que sur le papier. L’Istiqlal et le PAM ont choisi leur camp, celui de prendre l’opinion publique à témoin et de préparer la prochaine échéance électorale, plutôt que celui de la solidarité gouvernementale. On ne peut pas leur en vouloir : la solidarité gouvernementale suppose un projet commun, un brin de popularité et des bénéfices politiques à tirer de l’expérience actuelle. Or, rien de tout cela n’existe. Il ne reste plus à ce gouvernement qu’à gérer sa propre et pénible fin.

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