Maroc-Canada : le derby des deux passeports

À Ottawa, la qualification du Maroc a embrasé les rues d'une capitale que même le parcours historique du Canada n'avait pas fait vibrer. Avant le huitième de finale du 4 juillet, des Marocains devenus citoyens canadiens racontent un match impossible à perdre, entre le pays qui les a vus naître et celui qui les a adoptés.

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Youssef Aboumahdi et sa famille, citoyens canadiens et toujours aussi attachés au Maroc. Crédit: DR

Ottawa, lundi 29 juin, un peu plus de 23 heures. À 4000 kilomètres de là, à Monterrey, au Mexique, la séance de tirs au but vient de s’achever, et la capitale fédérale, une ville qui se couche tôt, surtout l’été quand les étudiants l’ont désertée, explose. Dans les bars et les restaurants du centre-ville, des centaines de Marocains et de Marocaines viennent de vivre le penalty d’Ismael Saibari en apnée. En quelques secondes, tout le monde est dehors. Fumigènes rouges entre les immeubles, chants en darija, youyous, drapeaux déployés dans toutes les directions, klaxons, inconnus qui s’enlacent… Pendant une heure, le centre-ville d’Ottawa prend des airs de Casablanca ou de Rabat.

Le détail qui tue : le Canada, co-hôte du tournoi, avait joué la veille. Il avait gagné, et décroché le premier huitième de finale de son histoire. Ottawa était restée sage. Il aura fallu une victoire du Maroc pour embraser la ville. Deux jours plus tard, la même capitale pavoisait pour la fête du Canada. Et samedi, elle vivra un match que personne n’avait osé écrire : Canada-Maroc, huitième de finale de Coupe du Monde. Pour des milliers de Marocains devenus des Canadiens, le pays de naissance contre le pays d’adoption.

Ils sont loin d’être une poignée. Le Canada abrite l’une des plus anciennes diasporas marocaines d’Amérique du Nord : 99 980 personnes d’origine marocaine au recensement de 2021, dont 81% installées au Québec. Ottawa, de l’autre côté de la rivière des Outaouais, n’est qu’à un pont de la province francophone. L’histoire commence dans les années 1950 avec les juifs marocains partis au moment de l’indépendance, se poursuit avec les étudiants happés par l’Expo 67, et s’accélère à la fin des années 1990. Jeune, francophone, très diplômée, la communauté coche toutes les cases de l’immigration économique choisie : entre 2008 et 2012, le Maroc a même été le deuxième pays de naissance des immigrants admis au Québec, à un cheveu de l’Algérie, selon les statistiques du gouvernement québécois. Montréal a son Petit Maghreb depuis 2009 et, depuis 2012, son centre culturel Dar Al Maghrib, le premier du genre en Amérique du Nord. Derrière les chiffres, des familles maintenues à distance d’appels vidéo, des appartenances superposées, et une passion qui ressurgit avec la force d’un contre de Hakimi dès que les Lions de l’Atlas avancent dans un Mondial disputé, pour une fois, sur leur continent d’adoption.

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