Escobar du Sahara : l'affaire Bioui-Naciri, digne d'un polar

Un baron du BTP, un président de région, des bateaux rapides sur la Méditerranée, un ancien parlementaire du Wydad et un trafiquant malien au cœur du dispositif : l'affaire Bioui-Naciri n'est pas un fait divers. C'est le portrait en creux d'un système.

Par

TELQUEL

Après plus de deux ans de procès, la Cour d’appel de Casablanca a rendu dans la soirée du 25 juin son verdict dans l’affaire « Escobar du Sahara ». Douze ans de prison ferme et une amende de 150 000 dirhams pour Abdenbi Bioui. Dix ans pour Saïd Naciri. Dix ans également pour Mir Belkacem. Trois figures du Parti authenticité et modernité (PAM), aujourd’hui lourdement condamnées. Abderrahim Bioui, le frère d’Abdenbi, écope, lui, de neuf ans de prison ferme.

Mais pour comprendre cette chute, il faut remonter plusieurs années en arrière. L’histoire commence, comme souvent, par des bruits de couloir qu’on se plaît à répéter discrètement sur les terrasses des cafés. Dans l’Oriental, depuis des années, le nom d’Abdenbi Bioui circulait avec cette ambiguïté propre aux hommes de pouvoir.

À Oujda, Saïdia, Nador et jusque dans certains salons de Rabat, il incarnait cette nouvelle caste de personnes influentes qui se sont construites elles-mêmes. Sans compétences particulières, ni leadership charismatique, Abdenbi est pourtant capable de naviguer aisément entre le monde des affaires, de la politique, et celui, plus opaque, des réseaux d’influence.

Patron de Bioui Travaux, mastodonte du BTP ayant raflé d’importants marchés publics, président de la région de l’Oriental, homme fort du Parti authenticité et modernité (PAM), Bioui a construit, au fil des années, une solide notoriété et, autour d’elle, de puissants réseaux qui pivotent autour de lui. Il a su mettre en place un système où les frontières entre le public et le privé se sont lentement dissoutes.

Pendant des années, il a avancé ainsi, consolidant son empire par cercles concentriques. Le premier cercle était familial. Ses frères, Abderrahim et Abdelhak, avaient été progressivement introduits dans l’univers des affaires.

Le second était professionnel, composé d’hommes de confiance capables de gérer la machine économique. Parmi eux, Khalid Seddas, directeur général historique de Bioui Travaux, figure discrète mais importante, gardien des équilibres internes du groupe.

Puis venait un troisième cercle, plus hétérogène, qui compte des exécutants, des intermédiaires, des opérateurs économiques, ainsi que des personnes capables d’assurer la couverture et/ou la protection du réseau.

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