Au lendemain du match opposant le Maroc au Brésil, pour l’ouverture de leur groupe à la Coupe du Monde, une image a largement circulé sur les réseaux sociaux. Elle montrait les onze joueurs marocains alignés ce soir-là, à la deuxième mi-temps, avec leur lieu de naissance. C’était la première fois dans l’histoire du Mondial qu’une sélection alignait une équipe composée entièrement de joueurs nés en dehors du territoire national.
“L’équipe nationale de football incarne avant tout l’attachement viscéral de la diaspora au Maroc, à sa culture et à son identité nationale”
Certains esprits chagrins y ont vu une double appartenance, synonyme de loyauté douteuse ; d’autres, une incapacité de notre championnat local à produire des joueurs de haut niveau (ce qui n’est pas faux, mais c’est un autre débat). Passer à côté de l’essentiel serait pourtant une erreur : cette équipe incarne avant tout l’attachement viscéral de la diaspora à son pays, à sa culture et à son identité nationale.
Au-delà du talent ou de la culture de la gagne, on voit dans la passion, la joie ou la frustration de ces joueurs une volonté d’écrire l’histoire et de représenter réellement tout un pays, alors que certains d’entre eux n’en parlent même pas les langues. Il y a dans cet attachement quelque chose qui échappe à la raison. Ces joueurs ne sont pas une exception, ils sont le miroir de ces cinq millions de Marocains qui composent la diaspora. La distance s’est creusée, les générations se sont succédé, les langues nationales s’effritent chez les jeunes, les réalités du pays s’estompent… Mais le lien, lui, reste fort et durable.
“Cette même diaspora reste étrangement absente des lieux où se prennent les décisions qui engagent le pays, sous-représentée au regard de sa taille, de son poids économique et des services rendus à la nation”
Cet attachement se traduit aussi en chiffres. Les transferts de la diaspora représentent à eux seuls près de 8% du PIB national, auxquels s’ajoutent investissements et dépenses touristiques. Elle est, à bien des égards, un pilier de l’économie nationale et de la solidarité entre Marocains dans les moments de crise, comme on l’a vu lors de l’épidémie de Covid-19. Pourtant, cette même diaspora reste étrangement absente des lieux où se prennent les décisions qui engagent le pays, sous-représentée au regard de sa taille, de son poids économique et des services rendus à la nation.
Cette sous-représentation n’est pas qu’une injustice symbolique ou politique. Elle prive le Maroc d’une ressource précieuse : des citoyens formés dans des démocraties matures, porteurs d’expériences, de réseaux et d’une vision du pays forgée à distance, capables d’apporter des idées nouvelles et enrichissantes. Intégrer davantage la diaspora dans la vie politique nationale, c’est élargir le spectre des compétences au service du pays.
Les mécanismes existent ou peuvent être créés : augmenter significativement le nombre de sièges parlementaires réservés à la diaspora, instaurer le vote électronique pour lever les obstacles pratiques, créer des circonscriptions régionales dédiées, doter le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger de véritables prérogatives, et s’inspirer des expériences de pays méditerranéens ayant une longue culture d’émigration, comme l’Italie ou le Portugal. Les discours royaux invitent à aller dans ce sens, les modèles existent, le lien collectif est là. Il ne manque que la décision politique et le dépassement de préjugés qui n’ont plus aucune raison d’être.
