Depuis quelques jours, le nom de Fouzi Lekjaâ est au cœur du débat public, non pas pour évoquer la participation de l’équipe nationale à la Coupe du Monde en cours, mais pour discuter de son avenir politique et partisan. On assiste ainsi à des spéculations persistantes autour d’une éventuelle adhésion de Fouzi Lekjaa au Parti Authenticité et Modernité (PAM), et sur la possibilité que ce dernier organise un congrès extraordinaire pour le désigner à sa tête. Tout est parti des déclarations de deux dirigeants du PAM (Fatima Ezzahra El Mansouri et Samir Goudar) qui ont affirmé avoir contacté Lekjaa pour qu’il rejoigne les rangs de leur parti. Depuis, on se perd en conjectures et en rumeurs sur la probabilité de ce ralliement.
“Mais pourquoi l’adhésion de Fouzi Lekjaa au PAM fait-elle polémique, et pourquoi suscite-t-elle un tel intérêt ? La réponse est simple : le concerné fait partie de ce cercle très réduit de personnalités publiques capables de remplir la fiche de poste de chef de gouvernement”
Mais pourquoi l’adhésion de Fouzi Lekjaa au PAM fait-elle polémique, et pourquoi suscite-t-elle un tel intérêt ? La réponse est simple : le concerné fait partie de ce cercle très réduit de personnalités publiques capables de remplir la fiche de poste de Chef de gouvernement. On imagine mal Lekjaa rejoindre le PAM, à quelques mois des élections, pour faire partie du décor et animer des conférences sur « Jeunesse et participation politique au PAM » ! Lekjaa coche plusieurs cases pour prétendre à la fonction de Chef du prochain gouvernement : haut fonctionnaire, connaissance approfondie des dossiers économiques, capacité de débat et de persuasion au parlement, et popularité acquise grâce aux bons résultats du football national qu’il chapeaute depuis douze ans. Si cette adhésion se concrétise, elle permettra au PAM de dépasser sa crise actuelle : déficit d’incarnation politique et de leadership, soupçons de conflits d’intérêts, poursuites judiciaires de certains barons du parti… Ce serait aussi l’occasion pour le PAM de barrer définitivement la route au RNI, effectivement dirigé par Aziz Akhannouch, dans la course électorale. Mais au-delà du PAM et de ses intérêts, est-ce une bonne idée pour la vie politique marocaine ? La réponse est tout autre
“Si Fouzi Lekjaa rejoint effectivement le PAM pour en prendre la tête, dans des délais aussi brefs avant les élections de septembre prochain, ce scrutin risque de se transformer en plébiscite autour de sa seule personne”
Si Fouzi Lekjaa rejoint effectivement le PAM pour en prendre la tête, dans des délais aussi brefs avant les élections de septembre prochain, ce scrutin risque de se transformer en plébiscite autour de sa seule personne. On ne votera plus pour un parti ou un projet politique, mais pour un nom. Par ailleurs, avant même d’entamer quoi que ce soit, Lekjaa deviendrait un objet de clivage et de controverse. Il y a ensuite dans ce scénario quelque chose d’étranger à la culture politique marocaine : l’idée de l’homme providentiel, celui qui arrive subitement pour diriger un parti, remporter une élection et incarner une séquence politique. Certains pourraient rétorquer en citant l’exemple du RNI et d’Akhannouch, mais ce dernier a passé cinq ans à la tête de son parti, à le structurer et l’organiser, avant de remporter la bataille de 2021. Enfin, si le PAM venait à gagner ces élections avec Lekjaa à sa tête, le soupçon serait inévitable, celui d’un scrutin orienté, d’une victoire arrangée. Ce doute, même infondé, ferait du mal à la crédibilité du processus électoral, et Lekjaa se retrouverait placé dans une position de « hors-jeu », ce qui serait profondément injuste pour lui. Tout ce scénario apparaît donc bien comme une fausse bonne idée.
