AFD–CARE Maroc : renforcer la société civile, accélérer l’égalité et la résilience

Interview croisée. Catherine Bonnaud, directrice de l’AFD au Maroc, et Florence Priolet, responsable de projets OSC à la direction régionale Afrique du Nord de l’AFD, détaillent comment l’Agence soutient les organisations de la société civile. Elles reviennent sur le partenariat avec CARE Maroc, ses priorités — égalité femmes-hommes, résilience climatique, développement inclusif — et les premiers changements observés sur le terrain.

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Quel est le rôle de l’AFD pour soutenir et renforcer les associations comme CARE Maroc ?

 

Catherine BonnaudCrédit: AFD

 

Catherine Bonnaud. Depuis 2009, l’Agence française de développement (AFD) accompagne les OSC (organisations de la société civile) françaises dans leurs actions à l’international, et depuis plusieurs années les OSC locales comme CARE Maroc.

Ce soutien s’inscrit en complémentarité de nos actions de plus grande envergure aux côtés des autres acteurs, publics notamment, et contribue à des actions de proximité, au plus près des besoins des populations, dans une logique de promotion de valeurs partagées, de réduction des inégalités et disparités, et de respect de l’indépendance des OSC.

Les OSC sont pour nous des acteurs essentiels de la solidarité internationale.

Leur capacité d’intervention, le lien étroit qu’elles entretiennent avec les populations. En parallèle, l’AFD soutient plusieurs projets portés par des associations féministes, engagées pour les droits des femmes et l’égalité, comme CARE Maroc. Ces associations ont une connaissance fine des territoires dans lesquels elles travaillent et des réalités sociales. Cette connaissance est indispensable pour agir efficacement.

Au-delà de l’apport financier, quel rôle jouez-vous dans la structuration, l’orientation et le suivi des projets conduits avec CARE Maroc ?

Florence PrioletCrédit: AFD

Florence Priolet. Le financement est clé pour donner aux associations les moyens d’agir dans la durée, mais ce n’est qu’une partie du rôle de l’AFD. Nous nous plaçons dans une logique partenariale et sommes donc en dialogue constant avec les associations comme CARE Maroc, dès la conception de leurs projets.

Très concrètement, nous travaillons ensemble sur les objectifs de leurs projets, les indicateurs d’impact, l’articulation avec d’autres associations et avec les acteurs publics. Ensuite, nous suivons régulièrement la mise en œuvre des projets, avec des temps de dialogue, des visites de terrain et des rapports de suivi. Cela permet d’ajuster si nécessaire et d’améliorer la qualité et l’impact des actions.

Qu’est-ce qui a conduit l’AFD à s’engager aux côtés de CARE Maroc, et ce partenariat répond-il à une priorité particulière de votre action au Maroc ?

Catherine Bonnaud. L’engagement de l’AFD aux côtés de CARE Maroc repose sur une vision partagée : promouvoir un développement plus inclusif, qui place les femmes au cœur des dynamiques économiques et environnementales.

CARE Maroc porte des projets ambitieux qui luttent contre les causes profondes des inégalités entre les femmes et les hommes, notamment dans les zones rurales, avec une approche très ancrée dans les territoires qui garantit la pertinence de ses actions. Et l’AFD au Maroc a fait de la promotion de l’égalité de genre, la résilience face aux changements climatiques et le développement inclusif des priorités structurantes. C’est ce qui rend ce partenariat à la fois évident et stratégique.

Le projet « Femmes pour l’environnement » de CARE Maroc, et soutenu par l’AFD, illustre bien cette convergence : il permet aux femmes d’améliorer leurs revenus grâce à des activités économiques qui prennent en compte la préservation des ressources naturelles, ce qui renforce leur résilience et celle de leurs communautés aux changements climatiques.

Ce type de partenariat avec une ONG comme CARE Maroc constitue-t-il, pour l’AFD, un terrain d’expérimentation pour tester de nouvelles réponses sur le genre, la résilience ou l’inclusion, avant un éventuel changement d’échelle ?

Femmes pour l’environnement est un bon exemple de projet qui permet de développer des approches nouvelles à l’échelle locale comme les associations villageoises d’épargne et de crédit

Catherine Bonnaud

Catherine Bonnaud. Oui, clairement. Les OSC comme CARE Maroc ont une capacité d’innovation et d’expérimentation très forte. Femmes pour l’environnement est un bon exemple de projet qui permet de développer des approches nouvelles à l’échelle locale comme les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) ou le rôle des femmes leaders.

Lorsque ces approches démontrent leur efficacité, elles peuvent ensuite nourrir des politiques publiques ou être intégrées dans des programmes de plus grande ampleur.

Sur le terrain, quels changements concrets avez-vous déjà observés à travers cette coopération, notamment en matière d’autonomisation économique des femmes, en particulier dans les territoires ruraux ? Y a-t-il des exemples qui vous ont particulièrement marqué ?

Florence Priolet. À travers le projet Femmes pour l’environnement, nous observons des évolutions très concrètes : les femmes accompagnées par CARE Maroc dans les zones rurales ont pu développer leurs propres activités économiques, structurer des coopératives viables et qui favorisent des pratiques écologiques (gestion de la ressource en eau, réduction de l’utilisation de produits chimiques, gestion des déchets…), accéder à des formations (alphabétisation, négociation, formations techniques) et renforcer leur rôle, au sein de leur foyer mais aussi de leur communauté.

Au-delà des résultats économiques, ce qui frappe, ce sont les évolutions importantes en termes de confiance en soi, de capacité à se projeter et de participation à la vie collective voire politique.

Je pense à certaines femmes leaders que j’ai eu la chance de rencontrer et qui témoignent de l’impact de ce projet sur leur vie, sur le regard de leur mari et de leurs enfants, sur leur place dans la communauté. Elles deviennent actrices voire des modèles pour d’autres. Ces trajectoires illustrent bien l’impact multidimensionnel du projet, qui ne se limite pas au volet économique, mais contribue à une transformation plus profonde des dynamiques sociales.