Santé menstruelle : au Maroc, CARE veut faire de la dignité un levier d’égalité

Au Maroc, les menstruations restent un sujet largement tabou, avec des conséquences concrètes sur la scolarité, la santé et la confiance des adolescentes. Après une première action menée dans les zones touchées par le séisme d’Al Haouz, CARE Maroc veut structurer une réponse durable en milieu scolaire, fondée sur l’information, l’accès aux protections et l’amélioration des infrastructures sanitaires.

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Au Maroc, les règles restent encore trop souvent vécues dans le silence.

Hlima Razkaoui, Directrice de CARE MarocCrédit: DR

Pour de nombreuses adolescentes, notamment en milieu rural, elles ne sont pas seulement une réalité biologique : elles deviennent un obstacle à la scolarité, à la santé et à l’égalité des chances.

Le manque d’information, l’accès limité à des protections adaptées, l’absence d’eau, de savon ou de sanitaires fonctionnels dans certains établissements scolaires pèsent directement sur leur quotidien.

À l’école, la gêne, la peur des moqueries ou l’impossibilité de se changer dans des conditions dignes peuvent pousser les filles à s’absenter plusieurs jours par mois. En milieu rural, l’absence de toilettes adaptées et le manque d’intimité peuvent contribuer à l’absentéisme chronique, voire au décrochage scolaire.

«La santé menstruelle n’est pas un sujet secondaire. Elle touche à la dignité, à la santé, à l’éducation et à l’égalité des chances. Tant que les filles auront honte ou peur de vivre leurs règles à l’école, nous passerons à côté d’un levier essentiel de développement», souligne Hlima Razkaoui, directrice de CARE Maroc.

Une précarité encore peu visible

Les données disponibles confirment l’ampleur du défi. Selon les estimations relayées par des acteurs associatifs et des agences internationales, seule une minorité de femmes et de filles auraient un accès régulier à des protections hygiéniques adéquates. Plus d’une adolescente sur deux déclarerait avoir été mal préparée ou choquée lors de ses premières règles.

Ces carences ne relèvent pas seulement de l’hygiène. Elles influencent la fréquentation scolaire, la confiance en soi et la capacité des adolescentes à se projeter. Au Maroc, où la lutte contre le décrochage scolaire reste une priorité, la santé menstruelle apparaît comme un angle mort des politiques éducatives et sociales.

La question dépasse aussi le cadre scolaire. Dans plusieurs contextes, les menstruations restent associées à des représentations sociales qui enferment les filles dans le silence ou la honte. Le manque d’information autour des premières règles peut accroître la vulnérabilité des adolescentes et limiter leur capacité à faire valoir leurs droits.

Al Haouz, un premier point d’ancrage

C’est dans le contexte de l’urgence post-séisme que CARE Maroc a engagé une première réponse opérationnelle sur cette thématique. À la suite du séisme d’Al Haouz de 2023, l’organisation a intégré la santé menstruelle dans ses actions d’appui aux populations affectées.

Depuis 2024, plusieurs distributions de kits d’hygiène ont été menées dans les douars accompagnés par CARE Maroc, permettant de toucher 3220 femmes et jeunes filles. Les kits comprennent une trousse, une culotte, deux serviettes lavables produites localement, un savon neutre et un support d’information sur la santé menstruelle.

Mais l’action ne s’est pas limitée au matériel. Les distributions ont aussi permis d’ouvrir des espaces d’échange avec des groupes de femmes, autour de l’hygiène menstruelle et de la prévention des violences basées sur le genre. Dans un contexte post-crise marqué par des vulnérabilités accrues, ces temps de dialogue ont contribué à faire émerger un sujet rarement abordé publiquement.

«Distribuer des kits est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Notre ambition est de créer un écosystème protecteur autour des adolescentes : à l’école, dans la famille et dans la communauté», insiste Hlima Razkaoui.

De l’urgence à un programme scolaire durable

Forte de cette première expérience, CARE Maroc souhaite désormais passer d’une réponse d’urgence à une approche plus structurée et pérenne, centrée sur le milieu scolaire. L’objectif est d’accompagner les préadolescentes et adolescentes dans plusieurs régions du Maroc, en agissant simultanément sur les connaissances, les équipements et l’environnement social.

«Nous voulons que les règles ne soient plus une raison de manquer l’école. Une adolescente qui dispose d’information, de protections adaptées et d’un environnement sûr peut poursuivre sa scolarité avec confiance»

Hlima Razkaoui

Le programme envisagé repose sur trois axes complémentaires. Le premier vise la sensibilisation des élèves à la santé menstruelle, afin de mieux comprendre le corps, les premières règles et les bonnes pratiques d’hygiène. Le deuxième concerne l’accès à des produits adaptés, notamment des serviettes lavables produites localement. Le troisième porte sur l’amélioration des infrastructures scolaires, pour garantir eau, savon, intimité et sécurité.

CARE Maroc entend également mobiliser les familles, les enseignants et les communautés éducatives. Lever le tabou suppose en effet d’impliquer les filles, mais aussi les garçons et les adultes qui les entourent. L’enjeu est de faire de l’école un espace plus inclusif, où les règles ne constituent plus un motif d’absence, de gêne ou d’exclusion.

«Nous voulons que les règles ne soient plus une raison de manquer l’école. Une adolescente qui dispose d’information, de protections adaptées et d’un environnement sûr peut poursuivre sa scolarité avec confiance», affirme Hlima Razkaoui.

Le secteur privé a un rôle concret à jouer dans la santé menstruelle, poursuit elle: «CARE Maroc invite les entreprises à s’engager aux côtés de ses programmes, que ce soit en intégrant une dimension solidaire à leur activité commerciale ou en rejoignant ces initiatives dans le cadre d’une démarche RSE et à devenir ainsi des acteurs tangibles du changement».