La même semaine, deux gouvernements, deux ambiances. Fin avril dernier, au Maroc, les noms de deux ministres (Abdelouafi Laftit et Fatima Ezzahra El Mansouri) ont été évoqués dans des affaires d’acquisition de biens immobiliers et fonciers dans la région de Marrakech.
Évidemment, rien n’empêche un ministre d’acheter et de vendre comme il le souhaite, dans le respect du droit. Mais la tutelle de ces deux ministres sur des secteurs (Intérieur et Habitat) liés profondément au foncier et à l’immobilier a soulevé la question du conflit d’intérêts. Fatima Ezzahra El Mansouri a porté plainte pour diffamation contre un site d’information, et c’est son droit, mais la polémique n’est pas éteinte.
En France, la même semaine, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a rendu publiques les déclarations d’intérêts et de patrimoine de tous les membres du gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu. Ces déclarations ont été vérifiées par la HATVP et recoupées avec les données fournies par l’administration fiscale. Elles sont publiques et accessibles à tous. Les ministres français vivent confortablement et largement au-dessus du niveau de vie moyen de leurs compatriotes, mais rien d’exubérant. Le plus fortuné parmi eux dispose de deux appartements et d’une maison. Par exemple, le patrimoine net de Gérald Darmanin, ministre de la Justice, ne dépasse pas 78 000 euros. On s’abstiendra de tout commentaire ou comparaison, par fierté nationale, mais aussi par malaise.
Bien entendu, la France n’est pas un modèle de transparence et d’absence de conflit d’intérêts au sein de ses classes dirigeantes. Elle est très loin des standards et de la culture de probité des pays scandinaves ou de certains pays asiatiques (Singapour, par exemple). Mais, au Maroc, on pourrait s’inspirer de la pratique française, introduite après l’affaire Cahuzac en 2013, qui a secoué la vie politique de l’Hexagone.
“Il faut renforcer les institutions politiques du pays, barrer la route aux opportunistes et aux prédateurs qui font du gouvernement et du parlement un marchepied pour leur enrichissement”
L’exigence de transparence et de publicité en matière de patrimoine et d’intérêts économiques des responsables marocains est de plus en plus pressante. Il faut renforcer les institutions politiques du pays, barrer la route aux opportunistes et aux prédateurs qui font du gouvernement et du parlement un marchepied pour leur enrichissement personnel et leurs affaires privées. La transparence protège, au contraire, les responsables politiques honnêtes et dévoués au bien commun contre toute rumeur malveillante ou accusation infondée. On y gagnerait en confiance dans nos institutions, en qualité de sélection de notre personnel politique et en sérénité dans notre débat public.
La dernière expérience politique a fait beaucoup de mal en matière de moralité publique et a banalisé les situations de soupçon de conflits d’intérêts. La décadence de notre vie politique, la méfiance envers nos ministres et élus et le risque d’effondrement de “l’option démocratique” sont liés au mépris porté à cette exigence de transparence et de publicité. Mais, encore une fois, y a-t-il vraiment une volonté politique pour le faire?
