Ce qui suit est un monument, rien de moins. Un hommage à la langue de bois, qui devrait trouver sa place dans un musée de la menuiserie, il y en a de très beaux de par le monde
Il faut que Zakaria Boualem vous confie quelque chose. Une petite confession, donc, pour démarrer cette page dans la souplesse. Figurez-vous, cher lecteur, que malgré sa longue expérience, sa méfiance légendaire et sa circonspection systématique, il arrive encore que le Boualem se fasse avoir. Oui, il lui arrive- il faut être clair- de se trouver déçu par un système dont il n’attend pourtant rien.
“En réclamant le retour à l’horaire naturel, GMT donc, ils demandaient juste de pouvoir dormir tranquillement, soit le droit de l’homme réduit à sa plus simple expression”
Ainsi pensait-il, avec candeur, que cette affaire d’horaire pourrait trouver un écho favorable auprès de nos dirigeants. Il se disait, le bougre, que les Marocains ayant gémi à l’unisson à l’encontre de cette heure supplémentaire, il était possible d’espérer que cette diablerie de GMT+1 soit rangée aux oubliettes, sans plus de formalité.
Après tout, les Marocains n’ont réclamé ni soins, ni enseignement de qualité, ni quoi que ce soit de cet acabit. Il paraît d’ailleurs que c’est un truc de gauchiste, terme qui est devenu une insulte on ne sait trop quand. Les Marocains ont aussi renoncé à comprendre leur système économique, qui permet de contempler à chaque feu rouge un parc automobile digne du port de Monte Carlo tout en maintenant le Boualem dans la précarité. Ils ne demandent pas non plus pourquoi on construit un stade à Benslimane et quatre à Rabat, ils ne posent pas ce genre de questions. En réclamant le retour à l’horaire naturel, GMT donc, ils demandaient juste de pouvoir dormir tranquillement, soit le droit de l’homme réduit à sa plus simple expression.
On connaît la suite : rien, walou. Mais ce n’est pas le plus terrible. Il faut, en plus de ce refus, se taper les explications qui l’accompagnent, et c’est là qu’il faut se livrer à une petite analyse de texte. Voici une transcription de l’allocution prononcée, au parlement, par notre brillante ministre (Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ndlr) pour expliquer son choix.
C’est pénible, mais faites confiance au Boualem, il faut passer par là pour comprendre ce qui nous arrive. Car ce qui suit est un monument, rien de moins. Un hommage à la langue de bois, qui devrait trouver sa place dans un musée de la menuiserie, il y en a de très beaux de par le monde. Dites-vous, en lisant, qu’on en a coupé une partie, faute de place, et par égard pour vous, cher lecteur – preuve que le Guercifi vous respecte plus que nos dirigeants ne le font.
C’est parti : “Je tiens d’abord à rappeler que la question de l’heure légale du Royaume est encadrée par des textes juridiques et réglementaires explicites, dont notamment le décret royal n° 455.67 du 2 juin 1967, ainsi que le décret n° 18.855 du 26 octobre 2018, qui ont fixé l’heure légale du Royaume et ses modalités d’application. Ce dernier texte prévoit l’ajout de 60 minutes à l’heure légale, tout en permettant la suspension de l’application de ce changement lors de certaines périodes déterminées. Dans ce cadre, les différents secteurs gouvernementaux traitent cette question en fonction d’une approche institutionnelle adaptée à chaque secteur. Il convient ici de préciser que la décision de statuer sur l’heure légale relève d’une compétence juridique et organisationnelle purement centrale, et ne constitue pas une décision sectorielle prise de façon isolée ou arbitraire, étant donné que le processus d’évaluation de ce système obéit à plusieurs paramètres qu’il convient de prendre en considération dans un cadre global et intégré”.
Voilà donc, les amis, comment on nous parle. Et dites-vous bien que ce gouvernement, à la base, nous a été présenté comme une glorieuse sélection de communicants phénoménaux, modernes et tournés vers le “client”. C’est tout pour la semaine, et merci.
