Si, à l’époque où le Boualem traitait de la polémique sur le postérieur de Madame Lopez, on lui avait dit qu’il aurait droit au spectacle lamentable de l’agent orange insultant toute la planète pendant que ses potes démocratiques fêtent au champagne le droit de trucider des humains, il aurait ricané
Salut à vous, chers colocataires, le Boualem vous salue, il vous souhaite la bienvenue à l’extrémité de cet estimable magazine, dans cette page dédiée à la bonne humeur, aux calembours divers et autres gags en tout genre. Il est important de noter que, jadis, le football – en particulier marocain – faisait partie de cette catégorie de thèmes, le genre de truc que le Guercifi aimait commenter avec légèreté. Mais il se trouve que, pour une raison trop compliquée à expliquer ici, ce noble sport, porteur naguère d’une puissante charge de bonne humeur, d’absurde, de rire et de partage, est désormais lui aussi le règne du hululement nationaliste, il est devenu l’empire du premier degré.
Même nos pires défaites n’avaient jamais porté une charge de négativité comparable à cet affreux épisode. Mais tout cela n’est pas très grave finalement.
Après tout, il y a quelques guerres en cours, une crise énergétique en vue, un génocide, une menace nucléaire, ce n’est pas rien. L’empire est en roue libre, il est dirigé par le taureau de Guernica, on devrait donc pouvoir trouver de quoi s’occuper avec des sujets un peu plus importants. Si, au temps joyeux où le Boualem traitait de la polémique sur le postérieur de Madame Lopez ou de la légitimité d’un bisou sur un post Facebook, on lui avait dit qu’il finirait par avoir droit au spectacle lamentable de l’agent orange insultant toute la planète, organisant des rapts, pendant que ses potes démocratiques fêtent au champagne au parlement le droit de trucider des humains, il aurait ricané, passé son chemin. Donc, il faut faire comme si de rien n’était et continuer à ricaner, car rigoureusement rien n’est important. À part ce qui est futile.
Par exemple, il s’est trouvé un tribunal, à Tanger, pour prononcer une peine d’interdiction de dix ans de réseaux sociaux à l’encontre de trois individus. Ne demandez pas au Boualem d’enquêter sur les raisons d’une telle sanction, il est convaincu que personne n’a besoin de cette information. Par contre, il peut se féliciter du caractère courageux, novateur, presque romantique de la peine. On ne sait comment l’appliquer, comment la contrôler, on ne sait même pas si elle est légale, mais cela ne nous importe pas, l’essentiel réside dans le verbe, la posture, la condamnation : le juge a fait ce que nous rêvons de faire, il a lancé la lutte contre la pollution numérique. Il est à l’avant-garde, c’est un héros, voilà ce que pense le Boualem. Ça, c’est important.
“Imaginez un peu les malheureux qui planifient un mariage dans ces conditions et qui se trouvent contraints de retenir leurs émois à cause de la mauvaise humeur d’une corporation élevée au rang de gardienne de notre natalité”
Les adouls qui durcissent le mouvement et annoncent une grève illimitée à partir du 13 avril, voilà une autre information importante, dramatique même. Imaginez un peu les malheureux qui planifient un mariage dans ces conditions et qui se trouvent contraints de retenir leurs émois à cause de la mauvaise humeur d’une corporation élevée au rang de gardienne de notre natalité. Il faut le dire : avec la montée du célibat, l’écrasement de nos libidos, l’attrait de l’exil, ces gens sont devenus, soudain, les garants de notre survie. Il faut donc, sans plus attendre, leur donner ce qu’ils veulent, et merci. Autre information inquiétante : selon Le Matin du Sahara, le Maroc se maintient à la 112e place du classement du bonheur en 2026. Nous stagnons, c’est terrible, juste derrière l’Ukraine, ce qui est vexant. Pour info, nous étions 84e en 2016. Par contre, nos poivrons et nos courges envahissent l’Europe, et ça, c’est beau. C’est tout pour la semaine, et merci.
