On pourrait aussi ne la donner à personne, cette foutue coupe, au lieu de se battre devant tout le monde. Après tout, l’équipe sénégalaise ne mérite que la médaille de la manipulation. Et nous ? Disons qu’on peut se passer d’une coupe gagnée dans ces conditions.
Depuis la fin de la CAN, nous pataugeons dans une sorte de cauchemar collectif. Chaque matin, quand il se réveille, le Boualem se dit que ce qui se passe ne se passe pas vraiment, que la réalité est masquée par un filtre sinistre, qu’il va finir par retrouver la joie de regarder du foot comme un gamin, sans devoir se farcir d’infectes polémiques, débats saugrenus et insultes en cascade. Il est en effet très difficile, presque impossible, en réalité, d’imaginer pire fin à une fête.
C’est comme si on avait organisé un dîner avec des amis, avec une petite fiesta dans la foulée, et qu’on avait fini en bagarre générale, avec des invités qui se coursent dans les couloirs, toute la vaisselle par terre, deux ou trois inconnus qui repeignent le salon, un trou dans le toit et la police qui enquête partout. Et, bien entendu, chaque matin, on découvre un nouveau problème, ridicule, imprévisible, horrible, comme un poulet vivant coincé dans le conduit des toilettes ou une voiture garée dans la chambre à coucher. Il y a une expression pour décrire cette situation : c’est la grande pagaille. Elle se caractérise par le fait que personne n’en sortira grandi et que, même si on en est conscient, il est impossible de s’en sortir.
Sur Internet, nous faisons face à un déferlement d’informations aussi choquantes que fausses. Il paraît que le Maroc a quitté le terrain lors de la CAN 1976, par exemple. Vous pouvez convoquer les joueurs adverses, ceux-là mêmes qui ont joué ce match qui date de cinquante ans et les faire témoigner : leur démenti ne suffit pas à empêcher la propagation du mensonge. Vous pouvez aussi trouver un journal respectable qui ose parler “d’otages” au sujet des énergumènes qui ont agressé les stadiers lors de la finale. Ils seraient retenus en otage, donc, en raison de leur nationalité, figurez-vous, et pas à cause de leur comportement lamentable dans les tribunes. Pourtant, Zakaria Boualem vous le garantit : c’est justement parce qu’ils ne sont pas marocains qu’ils ont pu se déchaîner sans vergogne aussi longtemps. Si nous avions eu affaire à des locataires du MarocModerne, la danse de la zerouata aurait démarré un peu plus tôt, c’est une évidence.
“On pourrait aussi ne la donner à personne, cette foutue coupe, au lieu de se battre devant tout le monde”
Nous sommes donc dans une guerre numérique, les amis, et c’est une guerre tribale, comprenez qu’elle ne souffre d’aucune nuance. Tout le monde est sommé de s’y mettre, il y a même la patrouille du patriotisme qui circule pour vérifier votre ardeur, c’est affreux. La première victime, comme souvent, étant la raison, tombée dès les premières heures de l’affrontement. Pour un pays qui a placé en tête de ses obsessions son image internationale, cette période est une sorte de torture. Et à l’intérieur de la guerre, il y a une multitude de batailles. Il y a par exemple la bataille du like, qui consiste à traquer ceux de nos joueurs qui auraient aimé des publications de joueurs sénégalais et ensuite réclamer pour ces gens-là, au minimum, la peine de mort.
Nous sommes très loin du sport, car s’il en était encore question, on aurait fait rejouer ce match, comme des gentlemen, en donnant une leçon au reste du monde. Mais cette seule proposition est dangereuse à défendre dans cette ambiance. On pourrait aussi ne la donner à personne, cette foutue coupe, au lieu de se battre devant tout le monde. Après tout, l’équipe sénégalaise, en prenant la finale en otage, et en allumant moult feux derrière les micros et dans les tribunes, ne mérite que la médaille de la manipulation. Et nous, disons qu’on peut se passer d’une coupe gagnée dans ces conditions, on s’en remettra. Donc, blach, voilà ce que propose le Boualem, et merci.
