Le jour d’après Walid 

Par Nassim El Kerf

La page a vraiment été tournée cette semaine. Pas symboliquement, pas à moitié, pas dans ce flou brumeux dont la Fédération a le secret. Non, cette fois, on y est. Mohamed Ouahbi s’est assis seul face à la presse marocaine, pour livrer sa première liste, annoncer ses premiers choix, et donc, forcément, assumer ses premiers mécontents. Ce vendredi 27 mars à 21 h face à l’Équateur, sera la première sortie des Lions sans Walid, depuis presque quatre ans. C’est vraiment le début d’une ère. Avec un nouveau sélectionneur, un nouveau staff, de nouveaux visages… et la même presse.

“Walid pouvait agacer, séduire, piquer, désamorcer, relancer. Mais il ne laissait jamais la salle indifférente”

Nassim El Kerf

Et il va bien falloir s’y faire. À l’école Ouahbi. À son ton. À sa méthode. À sa manière de dire les choses sans forcément les théâtraliser. Après quatre ans de Regragui… Les joueurs vont devoir s’y faire. Nous aussi. Parce qu’il faut le reconnaître : Walid nous manquera. Pas seulement comme sélectionneur d’un cycle qui nous a fait toucher le ciel, mais aussi comme personnage. Comme un bon client. Avec lui, une conférence de presse n’était jamais juste une conférence de presse. Walid pouvait agacer, séduire, piquer, désamorcer, relancer. Mais il ne laissait jamais la salle indifférente. 

Avec Ouahbi, on entre sans doute dans autre chose. Une autre grammaire. Un autre rapport à la parole publique. Moins d’électricité, plus d’explications. Moins de phrases qui vivent seules sur les réseaux, plus d’idées qu’il faut écouter jusqu’au bout. Et franchement, ce n’est pas plus mal. On a peut-être assez longtemps vécu autour du football pour parfois oublier de parler football. De système, de profils compatibles, de statut qu’on ne distribue pas à l’ancienneté, mais à l’utilité. Après la première conférence de Ouahbi, il y a ce sentiment-là : on devra peut-être se contenter de parler ballon. Et dit comme ça, “se contenter”, c’est presque injuste. Parce qu’au fond, c’est justement ce qu’on réclame depuis des années : qu’on revienne au jeu, au terrain, à la cohérence.

Ouahbi n’est ni un muet, ni un technicien enfermé dans sa bulle. C’est un communicant. Un homme qui répond, qui explique, qui détaille. Un sélectionneur ouvert aux médias, y compris à ceux qu’on appelait, hier encore, des médias “alternatifs”. Podcasts, formats longs, zones mixtes, discussions en off, pédagogie sur ses idées de jeu… chez lui, la parole ne sert pas à occuper l’espace, mais à éclairer son projet. Pourvu que ça dure.

Cette accessibilité, c’est aussi ce qui rend le personnage intéressant. Parce que derrière, il y a du nerf. Du caractère. Il peut expliquer sa philosophie pendant vingt minutes, puis prendre une décision radicale pour protéger son groupe. Son passage chez les U20 l’a montré. Jusqu’à ce choix fort, brutal même, de partir à la Coupe du Monde sans Mouad Dahak, capitaine de cette génération, pour une raison jamais clarifiée officiellement. Officieusement, on parle d’une friction lors d’un stage en Espagne. Ouahbi, accessible ? Oui. Permissif ? Non.

Pour combien de temps Ouahbi est-il là ? A ce niveau-là, le brouillard fédéral n’a pas totalement disparu. On connaît le nom du sélectionneur. On a sa première liste. Mais sur la durée réelle de l’aventure, le flou demeure. Les détails du contrat n’ont toujours pas fuité. Ce que signe Ouahbi ne ressemble ni à un CDI, ni à un CDD. C’est autre chose. Un CDC : un contrat à durée conditionnée. Conditionnée à une bonne Coupe du Monde, évidemment. À une copie propre, crédible, solide. À la capacité de convaincre vite, dans un calendrier où le football moderne ne laisse même plus le temps d’installer ses cartons dans le bureau. Ouahbi n’arrive pas pour construire tranquillement, il arrive pour performer immédiatement. 

Ouahbi n’est ni un muet, ni un technicien enfermé dans sa bulle. C’est un communicant. Un homme qui répond, qui explique, qui détaille.

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