Le Boualem s'étonne : pourquoi occulter les liens Epstein avec la seule démocratie du Proche-Orient ?

Par Réda Allali

Le Boualem se demande pourquoi la presse mondiale se rue sur les fichiers Epstein, les décortique, les commente, et cite les people impliqués avec délectation, sans jamais mentionner que ce dépravé entretenait des relations plutôt intimes avec la seule démocratie du Proche-Orient

  Cette semaine, la planète a été secouée par la publication d’une masse de documents troublants. Attention, soyez prévenus : on ne va pas parler de foot dans la suite de la page. Si jamais vous êtes encore perdus dans les ténèbres, piégés dans une pensée circulaire, occupés à ruminer cette histoire affreuse de penalty ignoble, de sanctions ridicules, de panenka lamentable, volontaire ou pas, Dieu seul le sait, de VAR inutile, de soft power foireux, et de narratif arabo-amazigho-andalou, alors vous êtes fous, ou en voie de le devenir. Zakaria Boualem vous encourage à vous ressaisir dans les plus brefs délais : passez à autre chose, tournez la page, rien de bon ne sortira d’une macération plus longue, et merci. 

Revenons au sujet de la semaine, donc, cette mise sur la place publique des turpitudes extravagantes d’une vaste cohorte d’hommes puissants et peu scrupuleux. Vous savez de quoi on parle, ne me faites pas perdre mon temps. Depuis des mois, l’opinion publique réclame la publication des documents liés à l’activité de celui que l’on préfère ne pas nommer ici, pour des raisons de respect de l’environnement. Un gars qui barbotait dans l’élite financière et politique, et qui avait estimé judicieux de se payer une île pour abriter ses activités de dégénéré avec ses potes. Un type qui s’est, ô malchance !, suicidé en prison, dans un geste qui, on le pensait alors, permettait à tous ses nobles amis d’échapper à l’infamie de voir leurs noms étalés au cours d’un procès. 

Zakaria Boualem ne va pas perdre plus de temps à s’indigner sur l’impunité des maîtres de l’empire, leur perversion, etc. Tout le monde a compris depuis longtemps à quoi ce réseau servait. Et même les ridicules accusations de complotisme sont désormais inopérantes, frappées de plein fouet par la puissance de l’évidence. Mais il se pose tout de même une question, le bougre. Il se demande, figurez-vous, pourquoi la presse mondiale se rue sur ces fichiers précieux, les décortique, pourquoi les chaînes américaines passent des heures à commenter cette affaire, citent les people avec délectation, sans jamais mentionner que ce dépravé entretenait des relations plutôt intimes avec la seule démocratie du Proche-Orient. Il suffit de quelques clics pour tomber sur des mails qui, s’ils avaient concerné un des “random shithole countries”, comme les qualifie avec poésie le maître de l’empire, aurait valu à cette contrée un ou deux bombardements, voire une annexion, puisque c’est la mode. Mais là, étrangement, du côté de l’empire et de ses porte-parole, personne ne fait cette recherche, et personne ne croit bon de nous expliquer pourquoi personne ne fait cette recherche.

“On peut lire dans les fichiers qu’on a affaire à une entreprise gigantesque de chantage sexuel : et alors ? Au profit de quoi, de qui ? Non, rien, on s’en fout, tout est normal, et merci.”

Zakaria Boualem

 C’est une des grandes avancées du monde moderne : on ne fait même plus semblant. Hamdoullah, tout est très clair désormais. Le pauvre Bouche avait dû envoyer un sbire agiter un peu de poudre à laver devant tout le monde à l’ONU pour nous expliquer qu’il fallait bombarder l’Irak, et son père -imaginez un peu la galère – avait dû organiser la fausse interview d’une aussi fausse infirmière koweïtienne. Oui, l’empire se croyait obligé de déguiser ses agressions sous des histoires grotesques de démocratie à déployer, de droits de l’homme à défendre, ce genre de niaiseries. Quelle perte d’énergie ! 

Aujourd’hui, hamdoullah, on est plus à l’aise, presque en famille, on n’a pas besoin de faire semblant, et c’est beau. Le maître de l’empire peut kidnapper un chef d’État, convoiter un territoire, menacer ses habitants, juste parce que cela lui convient, c’est une raison suffisante. On peut lire dans les fichiers qu’on a affaire à une entreprise gigantesque de chantage sexuel : et alors ? Au profit de quoi, de qui ? Non, rien, on s’en fout, tout est normal, et merci.

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