Gagner la CAN ou gagner les cœurs, il faut choisir, et le choix du Boualem est fait

Par Réda Allali

Nous avons explosé en plein vol, les amis. Nous étions lancés vers les lumières de la gloire, à pleine vitesse, et, soudain, nous nous sommes retrouvés en mille morceaux, sonnés, à errer dans les ténèbres. Zakaria Boualem n’est pas vraiment sûr d’avoir retrouvé ses esprits, mais il tient à donner son avis sur ce crash, un peu comme tout le monde.

Précisons avant d’aller plus loin que le bougre était au stade, il disposait d’une vue plongeante sur la tribune sénégalaise qui a basculé dans le chaos. C’est une chose importante à préciser, car le sentiment de danger, l’impression que tout peut très mal finir impacte le raisonnement. Plus clairement : avec un tel degré de violence, il est possible, et même légitime, de se dire qu’après tout, on se fout du foot si on doit en arriver là. Et, au passage, on peut aussi se féliciter de la structure sociale des supporters du Complexe Moulay Abdellah. Car si pareille guérilla avait été déclenchée à Donor, garni de ses habitués, Dieu seul sait ce qui aurait pu retenir les héros locaux de venger les stadiers, et merci.

“Zakaria Boualem se pose une question : est-il bien raisonnable d’organiser une CAN en voulant la gagner et, en même temps, que tout le monde reparte avec le sourire ?”

Réda Allali, chroniqueur

Passons au match. Le Sénégal était supérieur, c’était clair. Mais il était aussi clair que, en particulier grâce à un Bono encore une fois surnaturel, nous avons gardé la tête hors de l’eau, et nous étions à un pénalty de la victoire. Nous avions donc une main et quatre doigts sur le trophée, avant ce grand ratage, spectaculaire de cruauté. Alors, il y a une façon de voir les choses, disons “à l’égyptienne” (la tunisienne marche aussi). Elle consiste à mettre la pression sur l’arbitre, à l’obliger de constater que l’équipe adverse a quitté le terrain, à se placer en position de tireur, et soit on tire ce péno sur le champ, soit vous nous donnez la coupe, et merci.

Mais ce n’est pas compatible avec l’idée qu’on se fait, au Maroc, d’une victoire. Nous accordons une immense importance au regard de l’autre et nous ne sommes pas capables d’assumer une victoire dans ces conditions, voilà la vérité. Donc nous avons supplié les Sénégalais de revenir, c’est un réflexe culturel, et nous avons sombré. C’est là que Zakaria Boualem se pose une question : est-il bien raisonnable d’organiser une CAN en voulant la gagner et, en même temps, que tout le monde reparte avec le sourire ?

“Dans une compétition comme la CAN, l’idée n’est pas de courir après chaque supporter, chaque joueur pour lui demander si l’hôtel est confortable, les trains luxueux et les tajines goûtus. Ni de se vexer à la moindre critique, car c’est un cadeau qu’on fait à l’adversaire”

Réda Allali, chroniqueur

Regardons l’Égypte. Si de nombreux Marocains aiment cette contrée, c’est à cause de sa musique, de ses films, de son humour, et sûrement pas à cause des diableries des deux frères hystériques, Hossam et Ibrahim Hassan, les sélectionneurs des Pharaons. On les a vus sur le terrain, à l’époque, et maintenant sur le banc de touche, et on peut vous assurer qu’ils œuvrent très peu pour l’image de leur pays sur le continent. Mais ils s’en foutent, ils ne sont pas là pour cela. Dans une compétition comme la CAN, l’idée n’est pas de courir après chaque supporter, chaque joueur pour lui demander si l’hôtel est confortable, si les Marocains sont gentils, les trains luxueux et les tajines goûtus. L’idée n’est pas non plus de se vexer à la moindre critique, car c’est là une faiblesse, un cadeau qu’on fait à l’adversaire. Pensez-vous que les deux jumeaux infernaux se soient souciés de ce que pensait Noureddine Naybet, ex-capitaine des Lions, après avoir été massacré sur leur terrain au Caire ?

Si le Maroc veut soigner son image, accrocher des sourires sur la face des supporters du reste du monde, il faut produire de la musique, des films, inviter la planète à danser avec nous, car le football porte en lui une charge inévitable d’antagonisme, parfois même de violence, portée à ébullition par les réseaux sociaux. Zakaria Boualem vous donne rendez-vous la semaine prochaine, il n’en a pas fini avec cette affaire.

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