Au moment où ces lignes sont écrites, le Maroc a remporté la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations. Son match épique contre le Nigéria nous a rappelé la tension et le stress des rencontres de la Coupe du Monde au Qatar en 2022, mais aussi l’euphorie collective qui les a suivis. Il existe peu d’événements dans l’histoire d’un pays capables de susciter autant d’émotions. Certains d’entre nous se souviennent encore, avec un sentiment de traumatisme, du choc de l’élimination en demi-finale de la CAN 1988 à Casablanca face au Cameroun, l’un des matchs les plus mythiques du football national. D’autres se remémorent parfaitement la finale perdue contre la Tunisie en 2004, alors que nous dominions la partie. La rencontre de ce dimanche 18 janvier face au Sénégal promet d’être un nouveau jalon de la mémoire sportive nationale : chacun pourra dire, des années plus tard, ce qu’il faisait et où il se trouvait lors de cet instant suspendu.
“Durant près d’un mois, nous avons vu de quoi l’État et la société étaient capables en termes d’organisation, de discipline et de confiance en soi”
Au-delà de l’aspect sportif et de l’exploit probable — et espéré — de la sélection nationale, le déroulement de cette CAN au Maroc est une réussite totale. On reproche souvent aux observateurs, notamment politiques, leur pessimisme chronique et la virulence de leurs critiques. Si tel est leur rôle, il convient aussi, lorsqu’une politique nationale ou une gestion publique s’avère judicieuse et menée de main de maître, de le souligner, de s’en féliciter et d’en être fier. Durant près d’un mois, nous avons vu de quoi l’État, mais aussi la société, étaient capables en termes d’organisation, de mobilisation, de discipline et de confiance en soi.
On peut affirmer, sans grand risque de se tromper, que les 1,1 million de spectateurs présents dans les stades jusqu’à présent ont vécu une expérience fluide et agréable. Qu’ils soutiennent les vainqueurs ou les vaincus, ces supporters marocains et étrangers ont bénéficié d’infrastructures modernes, d’une sécurité exemplaire et d’une logistique impeccable, le tout porté par le sens de l’accueil qui caractérise notre pays. Pendant un mois, plus d’un million de personnes ont eu accès à des standards de qualité que nous, Marocains, percevions jadis comme un modèle inaccessible propre aux pays développés. Aucun incident majeur n’est à déplorer, aucun acte de violence n’a été enregistré, et la fête s’est déroulée sans le moindre désagrément.
Cette organisation pourrait agir comme un déclic culturel et marquer le début d’un changement dans nos représentations collectives : une prise de conscience de ce que nous sommes capables d’accomplir. Elle consacre les vertus du travail, de la discipline et de la mobilisation nationale pour franchir un nouveau palier de développement économique et social. Mais, pour l’heure, croisons les doigts et souhaitons le meilleur à l’équipe nationale pour décrocher ce titre africain. Une victoire qui permettrait de briser un ultime blocage psychologique et sportif qui dure depuis cinquante ans.
