Maroc-Nigeria : les Lions en finale de leur CAN !

L’affiche est belle avant de commencer. Maroc-Nigeria en demi-finale de la plus belle des CAN, il fallait être là. Présents parmi les 69 000 supporters qui ont transformé le complexe Moulay Abdellah en chaudron. Walid Regragui voulait une atmosphère de feu, il a été servi. Et pour le scénario ? Le Maroc a maîtrisé cette équipe du Nigeria qui semblait injouable pour qu’au final, aux penaltys l’histoire s’écrive en plus belle. Le Maroc ne manquera pas sa propre finale.

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Brahim Diaz explose de joie après le dernier penalty décisif transformé par Youssef En-Nesyri. Crédit: Rachid Tniouni / TelQuel

L’hymne national a retenti comme un signal fort que le Maroc est prêt pour aller en finale de sa CAN. Sur le terrain, c’était une autre histoire. Car en face, l’adversaire était tout aussi décidé à gâcher la fête en alignant ses meilleurs joueurs. Osimhen, Lookman, Iwobi. Un trio qui sera bien cerné par le bloc marocain durant une première période irrespirable.

Irrespirable, comme l’atmosphère du stade, comme le jeu. Parfois hâché, parfois lent. Le rythme n’a pas été facilement trouvé car aucune des équipes n’a facilité la tâche à l’adversaire. Le niveau de concentration des deux camps était à son pic. Et les occasions se font rares. Un coup franc de Hakimi qui rase la transversale, une percée de Saibari qui frappe sur le gardien adversaire, et quelques tentatives de Brahim Diaz, en solo pour tenter de destabiliser une défense en place.

En face, seul Lookman a su se montrer dangereux sur l’unique frappe cadrée nigériane, repoussée par Bono avant la demi-heure de jeu. Le reste de la mi-temps n’était pas à sens unique comme face au Cameroun. La bataille au milieu battait son plein, entre El Aynaoui et Onyeka qui ne se laissent pas le moindre ballon. Ce n’était pas une mi-temps d’un simple match de football.

Pour sa première demi-finale de CAN depuis 2004, le Maroc se montre patient, couvrant d’abord ses arrière pour ne pas se retrouver mené au score, condamné à l’exploit. Solides, les deux camps se quittent dos à dos avant de remettre ça dès l’entame de la seconde période.

La manche des entraîneurs

A la reprise, c’était encore une fois la même chose. Deux équipes qui se craignent, se respectent et ne se découvrent pas. Ce match se jouera sur des détails, un ballon perdu, un coup de pied arrêté, un exploit individuel, ou un changement gagnant de l’un des sélectionneurs.

Eric Chelle et Walid Regragui, c’est le match des tacticiens. Le sélectionneur national laisse à l’échauffement Igamane et Soufiane Rahimi, deux poisons prêts à apporter le plus. De l’autre côté, tout le banc des Super Eagles était à l’échauffement. La pression bat son plein. Les défenseurs nigérians continuent de prendre le dessus sur El Kaabi, bousculé, forcé de réceptionner les ballons dos au but, loin d’être son fort.

De l’autre côté Ezzalzouli tente, essaye, et enroule un ballon trop faible pour inquiéter. L’heure de jeu approche, le score est toujours nul et vierge lorsque les sélectionneurs commencent à jeter des regards sur leurs bancs respectifs. Qui va tenter un premier coup de poker ?

Il a fallu attendre la 83e minute de jeu pour voir les bancs s’animer. Match tendu, mais le Maroc se crée les meilleures occasions. Solide, le bloc des Lions n’a rien laissé au hasard. Tous les deuxièmes ballons ont été récupérés, à temps et on a eu deux ou trois occasions pour ouvrir la marque après l’heure de jeu, sans réussite. Calvin Bassey, le défenseur axial des Super Eagles était impérial, rapide et concentré pour repousser toutes les tentatives marocaines, y compris deux ballons où El Kaabi semblait trop lent.

Au milieu, le trio du milieu a été capable de neutraliser Alex Iwobi pour l’empêcher d’être face au jeu. Lookman et Osimhen ont été par la même occasion, privés de ballon sans le moindre danger tout au long de la seconde période. Hamza Igamane et Oussama Targhalline ont remplacé El Khannouss et El Kaabi pour donner un nouveau souffle, sans déséquilibrer. La fin du match est invivable, les supporters sifflent toutes les possessions nigérianes et poussent à coup de Siir Siir, nos Lions qui s’offrent la dernière action du temps réglementaire, sans pour autant pouvoir se montrer réellement dangereux.

Le bloc est assez solide pour limiter le danger des Super Eagles, mais devant, les Lions manquent de mordant.

Les deux équipes joueront 30 minutes supplémentaires en prolongations pour tenter d’arracher le ticket pour la finale où le Sénégal les attend tranquillement, après une courte victoire 1-0 face à l’Egypte, plus tôt dans la soirée à Tanger.

Pression et gestion, et tirs aux buts

Les prolongations, c’est toujours si compliqué, si difficile à gérer pour les staffs techniques. Jouer le tout pour le tout pour essayer de plier le match en prenant le risque de se découvrir ou gérer tranquillement en attendant une ou deux actions maximum, avant de filer à la séance de tirs au but et laisser le destin décider du sort de deux des plus belles équipes du tournoi.

Regragui rassemble les siens avant la reprise. Hakimi en capitaine prend la parole pour motiver ses coéquipiers qui ne sont plus qu’à quelques minutes réussies d’une finale continentale. Les 30 minutes seront un cumul de ballons perdus des deux côtés. Un florilège de déchets entre deux équipes qui ne voulaient prendre aucun risque.

C’était écrit. Le Nigéria et le Maroc se départageront aux penaltys pour une place en finale de CAN. L’ambiance est tendue à l’extrême, les « Dima Maghrib » descendent des tribunes pour rassurer nos Lions. « Bono, Bono ! » pour motiver le portier qui nous avait déjà permis d’atteindre les quarts de finale du Mondial.

El Aynaoui se lance pour le premier tir au but. Il marque et permet à tout un peuple de respirer. Le reste est un ascenseur émotionnel. Igamane, dans son jardin, rate. Mais Bounou rattrape le coup, plutôt deux fois qu’une en arrêtant deux penaltys. En-Nesyri s’occupe du dernier tir pour libérer tout un pays.