Le Boualem, touriste non grata à Marrakech

Par Réda Allali

Samedi dernier, le Boualem a vécu une mésaventure qu’il vient vous narrer dans ces colonnes, sans plus de formalités. Le bougre a un peu hésité avant de vous rapporter ce triste épisode, puis il s’est dit que nous n’avions plus grand-chose à nous cacher, depuis le temps qu’on se fréquente. 

“Complet, cuisine fermée, vraiment aucune place : à Marrakech, un établissement a déployé des trésors de créativité pour décourager le Boualem et un illustre ami de découvrir que son rooftop était… aux trois quarts vides”

Zakaria Boualem

L’affaire se passe à Marrakech, durant l’après-midi. Le Guercifi nourrit alors la noble ambition de se restaurer, pensant qu’un projet aussi basique ne devrait pas poser de problème particulier. Funeste erreur, les amis. Il se présente donc, accompagné d’un ami, dans un édifice de la médina qui tient lieu à la fois de boutique, d’hôtel et de restaurant. La boutique est jolie, pleine de produits mignons, avec des couleurs chatoyantes et une créativité débridée. Il n’y manque qu’un bloc opératoire, car tout achat ici entraîne l’ablation d’un rein. Jusque-là, rien de très condamnable. Chacun a le droit de fixer ses prix comme il le souhaite, et le Boualem a aussi le droit de les trouver délirants, tout va bien, ça joue, pas besoin de VAR. C’est au moment où le Guercifi s’est élancé vers le restaurant que le récit bifurque vers le burlesque. 

Une dame l’intercepte et lui explique que c’est complet, et merci. La terrasse du Fenn hotel est pourtant immense, et, en plein après-midi, il est surprenant qu’une telle foule s’y soit donné rendez-vous. Le bougre insiste un peu, mais la dame semble sincèrement désolée. Rien à faire, pas une seule place, c’est un succès inouï, et même le bar est complet, et en plus la cuisine a fermé. Voici en gros le discours que doivent se farcir le Boualem et son ami : vous n’avez vraiment rien à faire ici, en résumé. 

Il faut préciser que les deux hommes disposent d’une mine glorieuse, certains les trouvent même beaux. Leur hygiène est impeccable et leur pouvoir d’achat leur permet de s’offrir la pitance de cette auberge. L’ami du Boualem – on peut même le dire – est un esprit brillant, qui remplit les salles par la seule puissance de son humour. Mais là, il est mortifié, il risque la fracture de l’égo, ne comprend pas ce qu’il se passe.

“Le Boualem, aussitôt, réalise un geste technique classique chez nous (…) Il dégaine son téléphone, sort un peu les yeux, et soudain, la porte s’ouvre”

Réda Allali

Au moment où la discussion s’embourbe, de nombreux clients quittent le restaurant et passent devant eux, mais la dame, au mépris des lois élémentaires de la physique, ne considère pas que des places se libèrent pour autant. Le Boualem, aussitôt, réalise un geste technique très classique chez nous, celui qui règle de nombreux problèmes. Il dégaine son téléphone, sort un peu les yeux, et soudain, la porte s’ouvre, et ce qui était impossible devient facile. Arrivés au Valhalla, les deux hommes s’installent à une table, la vue sur la Koutoubia est très belle, mais il se trouve que le lieu est bien plus vide que plein. Ils découvrent aussi que la cuisine n’est pas fermée. On leur a donc menti. Deux fois. Autrement dit, ce restaurant préférait “rien” à eux, c’est un peu vexant. 

Comment expliquer pareille attitude ? Il y a une piste d’explication, mais on hésite à l’écrire. Zakaria Boualem a beau regarder autour de lui, il n’y a que des touristes étrangers. Mais le bougre a trop de fierté pour aller au bout du raisonnement sous-tendu par cette observation pourtant exacte, notre intégrité territoriale serait touchée. Il est demi-finaliste de la Coupe du Monde, quand même. Il n’a pas non plus l’impression que ces mines blondes, avec une unique théière posée pendant quatre heures sur la table, soient une meilleure affaire que lui en termes de chiffre d’affaires. Il engloutit donc son hamburger, car c’est une affaire d’honneur de forcer l’entrée, et il quitte les lieux de très mauvaise humeur, et merci.

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