Elon Musk a le don de plonger notre héros dans l’angoisse. Voici un homme qui dispose d’une puissance financière infinie, qui a accès aux données personnelles des Boualem du monde entier, et qui flirte avec le pouvoir politique
Zakaria Boualem a entamé la rédaction de cette page avec de grandes ambitions. Plein d’allant, il imaginait pouvoir fournir au lecteur une analyse de haute volée sur un sujet sensible et mondial. Hélas, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que la vague de son ambition allait se briser sur la digue de ses capacités.
À l’origine, une déclaration de ce brave Elon Musk (que Dieu nous préserve de ses délires). Il faut préciser, avant d’aller plus loin, que ce personnage a le don de plonger notre héros dans l’angoisse. Car voici un homme qui dispose d’une puissance financière infinie, qui a accès aux données personnelles des Boualem du monde entier, et qui flirte avec le pouvoir politique. Il faudra expliquer aux générations futures, probablement engluées dans une guerre mondiale ou asservies par un système cyberneticofasciste épouvantable, comment on a fait pour laisser grandir sous nos yeux pareil monstre. Passons.
Donc, voilà que ce personnage retors nous explique, dans une interview récente, que nous n’aurons bientôt plus besoin de travailler, puisque les robots, androïdes et autres diableries numériques s’en chargeront. Il ajoute même que l’argent deviendra inutile, et merci. Ce n’est pas pour demain, apparemment : le même énergumène a demandé, et surtout obtenu, une rémunération de 1000 milliards de dollars de la part des actionnaires de Tesla, à verser sur les 10 prochaines années. Zakaria Boualem a fait le calcul pour vous : cela représente onze millions de dollars par heure, ou deux millions de dirhams par minute si vous préférez. Nous naviguons ici aux frontières de ce que peut appréhender la raison. Et peut-être qu’après cette période, effectivement, l’argent sera inutile puisque Elon Musk aura fait main basse sur tout l’argent disponible sur terre. Quant à sa prophétie de vivre sans travail et sans argent, on peut lui expliquer qu’une partie de la planète, surtout vers le sud, est déjà arrivée à cette étape, sans l’aide de la moindre intelligence artificielle.
“Au moment où l’on nous explique que c’est par l’originalité et la créativité que nous allons nous distinguer des robots, nous constatons que nos cerveaux ont été cramés par les écrans, nos esprit assommés par un flux continu d’inepties, nos âmes malmenées par les réseaux sociaux”
Mais ce type de viles plaisanteries ne masque pas l’essentiel, à savoir que le Boualem ne comprend rien à ce qui se passe autour de lui. Il a l’impression que nous devenons de plus en plus débiles, collectivement. Oui, au moment où l’on nous explique que c’est par l’originalité et la créativité que nous allons nous distinguer des robots, nous constatons que nos cerveaux ont été cramés par les écrans, nos esprit assommés par un flux continu d’inepties, nos âmes malmenées par les réseaux sociaux… Savez-vous que la Suède s’est excusée d’avoir intégré les tablettes dans le système scolaire en 2009 ? Ils les ont retirées et sont revenus ventre à terre au papier, au tableau noir et au beldisme, horrifiés par l’impact des écrans sur la concentration, la mémorisation et l’apprentissage. Et il n’a fallu que quelques minutes sur le Net au Boualem pour découvrir une très sérieuse étude, de l’institut MIT lui-même, qui prouve que l’utilisation de chatGPT rend débile. Ce n’est pas exactement écrit comme ça, mais faites confiance au Guercifi, c’est un résumé fidèle de leur conclusion.
Voilà la triste vérité, nous plongeons vers les ténèbres de l’abrutissement collectif à grande vitesse, tous un peu anesthésiés, envoûtés par les discours triomphants des charlatans du Web, incapables de réagir face à la catastrophe qui se profile. Ce n’est pas brillant, mais c’est tout pour la semaine, et merci.
