Depuis le 27 septembre, la jeunesse marocaine manifeste dans la rue pour des revendications aussi simples que fondamentales : santé et éducation dignes, emplois et fin de la corruption. Durant les deux premiers jours, la démarche a été pacifique, avec une GenZ qui s’est faite porte-parole, via Discord, des aspirations de la quasi-totalité des Marocains.
Puis tout a basculé. Caillassage des forces de l’ordre. Dégradations de biens publics et privés. Incendies. Le bilan est lourd : trois morts lors de l’assaut d’un poste de gendarmerie, des centaines de blessés parmi les manifestants et dans les rangs des forces de l’ordre, des dégâts en dizaines de millions de dirhams à travers les grandes villes du royaume.
Les analystes se succèdent pour livrer leurs hypothèses sur ces débordements : appels anonymes à manifester, absence d’interlocuteurs identifiés, usage disproportionné de la force, marginalisation des relais traditionnels comme les partis et les syndicats… Surtout, la rage d’une jeunesse sans perspective ni avenir. Le retour au calme du 2 octobre offre néanmoins un espoir fragile. À Rabat, Fès et Casablanca, manifestants et autorités ont visiblement dialogué. Des policiers applaudis, des défilés dans le respect mutuel : ces scènes inédites prouvent qu’un autre rapport est possible.
Mais au-delà de cette accalmie se dresse une vérité massive : l’absence de Aziz Akhannouch pendant que le pays s’embrasait. Le Chef du gouvernement s’est muré dans un silence assourdissant, se contentant d’un communiqué creux sur “l’écoute attentive”, laissant les forces de l’ordre en première ligne face aux manifestants. Akhannouch est le premier responsable de la crise que traverse notre pays. L’ironie est cruelle : les revendications scandées – santé, éducation, emploi, lutte contre la corruption – correspondent exactement aux dossiers qu’Akhannouch avait entre les mains.
Le Chef du gouvernement s’est muré dans un silence assourdissant, se contentant d’un communiqué creux sur “l’écoute attentive”
Il avait le pouvoir d’agir. Sur la santé, trois années cruciales ont été gaspillées sans entamer la réforme nécessaire. Par calcul politicien, il bloque la nomination du conseil d’administration de la Haute Autorité de Santé, institution indispensable à cette réforme. Pour protéger les intérêts de ses proches et des lobbies pharmaceutiques, il entrave le décret sur les prix des médicaments du ministre de la Santé, Amine Tahraoui, faisant perdre des centaines de millions annuellement à l’Assurance maladie obligatoire.
Il torpille la réforme ambitieuse de l’éducation de Chakib Benmoussa. Par calcul électoral, il cherche à assujettir le corps enseignant en nommant un ministre à sa botte. Il élimine méthodiquement toute voix critique : Driss Guerraoui, Ahmed Reda Chami, Bachir Rachidi, tous évincés pour avoir osé penser différemment. Et c’est surtout lui qui a élevé l’affairisme et le conflit d’intérêts au rang de doctrine, qu’il est allé jusqu’à défendre au parlement.
Le changement n’est plus une option. C’est une question de survie pour un pays dont la jeunesse incarne l’avenir, mais survit sans présent
L’arrogance de cet Exécutif n’a d’égal que son mépris pour les citoyens. Pendant qu’Akhannouch paradait lors de son “grand oral” télévisé du 10 septembre, se félicitant de ses prétendues réussites, huit femmes enceintes agonisaient dans l’hôpital de son fief électoral. Pendant qu’il assurait que “tout va bien”, le système de santé continuait de s’effondrer. Pendant qu’il vantait son bilan, des milliers de jeunes désespéraient de leur avenir. Ce gouffre béant entre propagande gouvernementale et réalité brutale vécue par les citoyens alimente la colère brûlante d’une génération trahie.
À court terme, des solutions seront trouvées pour apaiser la rue. Comme d’habitude. Mais à long terme, ce gouvernement d’affairistes ne peut être la solution aux maux du pays. Pire, il met en péril l’un des atouts les plus précieux du Maroc : sa stabilité. Le changement n’est plus une option. C’est une question de survie pour un pays dont la jeunesse incarne l’avenir, mais survit sans présent. Le Maroc mérite mieux.
